Qui est vraiment Kami Rita Sherpa, l’homme qui a gravi l’Everest 32 fois ?

10
Interview — Qui est vraiment Kami Rita Sherpa, l'homme qui a gravi l'Everest 32 fois ?

Kami Rita Sherpa vient de franchir le sommet de l’Everest pour la 32e fois de sa vie. Le 17 mai 2026, à 10h12 heure locale, ce guide népalais de 56 ans a posé le pied sur le toit du monde une fois de plus — battant son propre record établi en 2025. Trente-deux ascensions. Trente-deux fois à 8 849 mètres. Trente-deux fois dans la zone de la mort, là où l’air se fait rare et où le corps humain cesse progressivement de fonctionner. Et pourtant, son nom reste étrangement discret dans les médias occidentaux, éclipsé par les exploits de grimpeurs qui n’auraient jamais atteint ce sommet sans lui. Qui est vraiment cet homme que l’on surnomme l’Homme de l’Everest ?

Une enfance enracinée dans l’Himalaya

Kami Rita Sherpa est né le 17 janvier 1970 à Thame, un petit village perché dans le district de Solukhumbu, au cœur du Népal. Thame n’est pas un endroit ordinaire. C’est un village d’altitude, un lieu où les enfants grandissent avec la montagne comme horizon permanent, où les sentiers mènent plus souvent vers les cols glaciaires que vers les routes asphaltées.

Son père figurait parmi les premiers guides Sherpa professionnels, à l’époque où l’Everest venait d’être ouvert aux alpinistes étrangers, après 1950. L’héritage familial est là, ancré dans la roche et la neige. Dans cette vallée, la montagne n’est pas une métaphore du dépassement de soi — elle est simplement le décor du quotidien, le chemin vers les pâturages, la limite naturelle du monde connu.

Kami Rita a grandi dans cette maison d’une seule pièce avec sa grande famille. Rien dans cette enfance ne ressemble aux récits romantiques des alpinistes occidentaux découvrant la montagne comme une révélation. Pour lui, l’Himalaya n’était pas une vocation mystique. C’était simplement là. Partout. Toujours.

Le basculement vers les expéditions

Selon son frère Lakpa Rita, le premier travail de Kami en montagne remonte à 1992, où il assistait un cuisinier au camp de base. D’autres sources indiquent qu’il portait déjà des charges vers le camp de base de l’Everest dès l’âge de 12 ans. La réalité est probablement quelque part entre les deux : un gamin de montagne qui a commencé par porter, observer, apprendre.

Ce qui est certain, c’est que l’entrée dans les expéditions commerciales n’a rien d’un coup de foudre pour lui. C’est une opportunité économique, dans une région où les alternatives sont rares. Le tourisme de haute altitude représente l’une des seules sources de revenus stables pour des communautés Sherpa souvent marginalisées économiquement. Grimper l’Everest, c’est d’abord un métier.

1994 : le premier sommet

En 1994, à 24 ans, Kami Rita Sherpa atteint pour la première fois le sommet de l’Everest, en empruntant la route du Col Sud via l’arête Sud-Est. Ce jour-là, il ne devient pas une légende. Il accomplit son travail. Et il le fait bien. Assez bien pour recommencer. Puis encore. Et encore.

Qui est vraiment Kami Rita Sherpa

La fois où nos chemins se sont croisés

Je me souviens d’une matinée froide sur le sentier du trek du Camp de base de l’Everest. Il était tôt, grand beau sur les crêtes, et la piste déjà animée par les caravanes de yaks. C’est là que je l’ai croisé pour la première fois — ou du moins, un homme qui lui ressemblait trait pour trait : casquette, lunettes bleues, petite veste fine rouge, marchant avec cette économie de mouvement propre aux gens qui ont passé leur vie en altitude, accompagnant sa cliente.

Mon ami Kishan, guide local m’a murmuré son nom. J’ai levé la main pour le saluer. Il a répondu d’un signe de tête bref, presque imperceptible — pas de sourire forcé, pas de pose. Juste la politesse naturelle de quelqu’un qui a mieux à faire que d’être reconnu sur un sentier. Il avait ce quelque chose de particulier que j’ai retrouvé chez les grands alpinistes : une présence calme, presque minérale, comme si la montagne faisait partie de lui plutôt que l’inverse.

Ce qui m’a frappé, ce n’était pas sa stature ni son équipement — c’était sa façon d’avancer. Régulier. Sans effort apparent. Pendant que les trekkeurs occidentaux autour de moi soufflaient dans leurs bâtons en regardant le dénivelé avec appréhension, lui disparaissait déjà dans le virage suivant. Tranquillement. Naturellement. Comme si c’était chez lui.Parce que c’est chez lui. Le temps d’un échange de quelques mots, de sourires et d’une photo prise — et il était déjà reparti, avalé par le sentier comme la brume par le soleil levant.

Kami Rita Sherpa

L’Everest comme routine extrême

Il y a quelque chose de presque vertigineux à considérer ce chiffre : 32 ascensions. Pas 32 tentatives — 32 sommets confirmés. Sur la montagne la plus haute du monde. À une époque où beaucoup d’alpinistes amateurs considèrent qu’une seule ascension de l’Everest représente l’accomplissement d’une vie entière.

Depuis son premier sommet, Kami Rita a gravi l’Everest presque chaque année depuis les années 1990, parfois deux fois dans la même saison. Ce n’est pas de l’inconscience. C’est une maîtrise technique et physiologique que peu de corps humains sont capables d’atteindre. Il connaît cette montagne comme d’autres connaissent leur trajet domicile-travail — chaque crevasse, chaque variation de vent, chaque piège potentiel.

Voici ce que représentent concrètement ces 32 ascensions :

  • Plus de 280 000 mètres de dénivelé cumulé sur la seule face de l’Everest
  • Des semaines entières passées au-dessus de 7 000 mètres, chaque année
  • Une exposition répétée aux engelures, aux œdèmes pulmonaires, aux chutes
  • Un risque permanent que les Sherpas représentent un tiers des décès sur l’Everest

En 2018, Rita gagnait environ 10 000 dollars par ascension de l’Everest, grâce à son expérience considérable. Un salaire qui peut sembler élevé jusqu’à ce qu’on mesure ce qu’il implique de risque, d’engagement physique et de sacrifice familial.

Un compétiteur loin derrière

Son plus proche concurrent, Pasang Dawa Sherpa, totalise 29 ascensions. Trois sommets d’écart, sur la montagne la plus exigeante de la planète. L’avance de Kami Rita n’est pas symbolique — elle est le résultat de décennies de régularité, de discipline et d’une résistance physique hors du commun.

Kami Rita Sherpa everest

Les Sherpas : les héros invisibles de l’alpinisme mondial

Il faut parler de ce que beaucoup préfèrent taire. L’alpinisme de haute altitude tel qu’on le raconte dans les magazines et les documentaires est souvent une fiction à moitié vraie. Les grandes ascensions commerciales de l’Everest reposent sur un travail colossal réalisé par des hommes et des femmes dont les noms n’apparaissent presque jamais sur les couvertures.

Les Sherpas installent les cordes fixes sur les sections les plus dangereuses. Ils transportent les bouteilles d’oxygène, les tentes, la nourriture. Ils accompagnent les clients dans la zone de la mort, parfois en les guidant physiquement pas à pas. Ils font plusieurs rotations là où le client en fait une seule.

En 2018, Kami Rita a déclaré à un journaliste que le gouvernement ne soutient pas les guides d’alpinisme : « Nous sommes connus dans le monde entier. Beaucoup d’étrangers nous connaissent, mais notre gouvernement ne s’intéresse pas à nous. » Cette phrase dit tout. Une reconnaissance internationale sans traduction locale, ni sociale, ni politique.

Un héritage familial, une responsabilité collective

Son frère Lakpa Rita a lui aussi gravi l’Everest 17 fois. La montagne est une affaire de famille, au sens le plus littéral du terme. Ce n’est pas un exploit isolé — c’est une transmission, une continuité culturelle entre les générations Sherpa qui ont construit, de leurs mains et de leurs jambes, une partie de l’histoire de l’alpinisme mondial.

Je pense souvent à ce paradoxe quand je lis les récits d’expédition : les premières pages sont toujours pour le chef d’expédition occidental, pour ses émotions, ses peurs, sa transformation intérieure. Les Sherpas, eux, apparaissent en notes de bas de page. Pourtant, sans eux, rien ne serait possible.

 Kami Rita Sherpa

Ce que 32 ascensions disent de l’exploit

Qu’est-ce qu’un exploit, exactement ? Est-ce quelque chose que l’on accomplit une fois, dans un élan d’héroïsme et de dépassement de soi ? Ou est-ce quelque chose que l’on fait régulièrement, méthodiquement, sans fanfare, parce que c’est simplement ce que l’on sait faire mieux que quiconque ?

Kami Rita Sherpa n’a pas gravi l’Everest 32 fois par romantisme. Il l’a fait par choix professionnel, par nécessité économique, par compétence et par un amour de la montagne qui n’a rien de sentimental — il est viscéral, pratique, charnel.

Il n’a aucun projet de retraite, tant que son corps reste physiquement capable de grimper. À 56 ans, il continue. Pas pour les records. Pour le travail. Pour la montagne. Pour les siens.

Il y a quelque chose de profondément humain là-dedans. Quelque chose que les récits d’exploit habituels ne savent pas raconter, parce qu’ils cherchent toujours le moment dramatique, la révélation, la transformation. Kami Rita, lui, répète. Et dans cette répétition, il y a une forme de grandeur silencieuse que peu de sportifs au monde peuvent revendiquer.

Certains gravissent des sommets. D’autres y consacrent leur vie entière.

everest kami rita record everest

FAQ

Combien de fois Kami Rita Sherpa a-t-il gravi l’Everest ?

Kami Rita Sherpa détient le record mondial absolu avec 32 ascensions réussies de l’Everest.

  • Le recordman : Personne sur la planète n’a foulé le toit du monde aussi souvent que lui. Il repousse les limites de la longévité et de l’endurance en haute altitude à chaque nouvelle saison.
  • Dernier exploit en date : Son ascension la plus récente a été accomplie avec succès le 17 mai 2026, consolidant sa place de leader incontesté dans l’histoire de l’alpinisme mondial.
Qui est Kami Rita Sherpa ?

C’est un guide d’altitude professionnel népalais de renommée internationale.

  • Origines : Né en 1970 dans le village de Thame, au cœur de la région du Khumbu, il est issu d’une lignée de montagnards respectés. Son père était l’un des premiers guides Sherpas professionnels de la région.
  • Carrière : Il a atteint le sommet de l’Everest pour la toute première fois en 1994. Depuis, il guide des expéditions presque chaque année, réussissant parfois l’exploit de doubler l’ascension au cours d’une seule et même saison de grimpe.
Pourquoi les Sherpas sont-ils essentiels sur l’Everest ?

Ils constituent la véritable colonne vertébrale de l’industrie du trekking et de l’alpinisme en Himalaya.

  • Logistique et sécurité : Ce sont les Sherpas qui effectuent le travail le plus dangereux au monde : sécuriser la cascade de glace du Khumbu, installer des kilomètres de cordes fixes jusqu’au sommet et approvisionner les camps d’altitude en nourriture, tentes et bouteilles d’oxygène.
  • Rôle crucial : Grâce à leur adaptation physiologique unique à l’altitude, ils guident et protègent les grimpeurs étrangers. Sans leur expertise, leur force physique et leur dévouement, la quasi-totalité des expéditions commerciales modernes serait irréalisable.
Kami Rita Sherpa est-il le meilleur alpiniste du monde ?

En termes de statistiques pures en haute altitude, ses performances sont inégalées.

  • Domination sur l’Everest : Il est le recordman mondial incontestable du nombre d’ascensions réussies sur la plus haute montagne de la Terre.
  • Palmarès global : Son expertise ne se limite pas à l’Everest. Kami Rita Sherpa détient également le record du monde du plus grand nombre d’ascensions de sommets de plus de 8 000 mètres, affichant un total impressionnant de 43 sommets majeurs à son actif.
5/5 - (23 votes)

10 messages sur “Qui est vraiment Kami Rita Sherpa, l’homme qui a gravi l’Everest 32 fois ?”

  1. Loïc dit :

    C’est pas possible , ce type est un monstre , c’est pas humain de faire autant de somment 8k .
    Moi qui hésite à faire le montage blanc, ça dégoûte presque 🤣🤣 total respect en tout cas

    1. OutWild dit :

      Le plus fou avec Kami Rita Sherpa, c’est que pour lui l’Everest n’a jamais vraiment été un “exploit exceptionnel” Et au final, chaque montagne a son Everest personnel 😉

  2. Laetitia dit :

    Félicitations à lui, difficile de battre son record désormais

    1. OutWild dit :

      Oui clairement 😅
      Le record de Kami Rita Sherpa paraît presque irréel aujourd’hui. Ce qui impressionne encore plus, ce n’est pas seulement les 32 sommets… c’est la régularité sur plus de 30 ans dans l’un des environnements les plus extrêmes au monde

      On parle d’un niveau d’endurance physique, mentale et d’expérience quasiment unique dans l’histoire de l’alpinisme.

  3. Nelsia dejar dit :

    Bravos 👏🏽 Une légende ce Monsieur,

    1. OutWild dit :

      Hello Nelsia 🙂
      C’est clair 🙂

  4. Père castor dit :

    Il le fera lan prochain ?

    1. OutWild dit :

      Je pense qu’il est chaud pour une autre année là ^^

  5. Luc dit :

    Ça change du nims vaniteux qui se la joue ….

    1. abidjanet dit :

      il est pas vaniteux , c’est son style, faut etre montagnard pour comprendre que y’a des styles et attitudes differentes, pourquoi juger aussi facilement?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *