Drame et exploit au Makalu II : deux alpinistes tchèques vont au bout de leur ascension en style alpin

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Drame et exploit au Makalu II : deux alpinistes tchèques vont au bout de leur ascension en style alpin

Le Makalu II vient d’être gravi dans des circonstances qui marquent l’histoire récente de l’alpinisme himalayen. Début mai, une équipe tchéco-slovaque s’est lancée dans une expédition parallèle visant à la fois le Makalu (8 485 m) et son sommet secondaire, le Makalu II — également appelé Kangchungtse — culminant à 7 678 mètres. Ce qui devait être une aventure humaine et sportive au bout du monde s’est transformé en drame, puis en acte de résistance. Deux hommes, Martin Ksandr et Petr Kadanka, ont finalement atteint le sommet. Mais à quel prix.

Je suis passionné d’alpinisme depuis des années, et des récits comme celui-là me touchent profondément. Non pas parce qu’ils alimentent une forme de romantisme du danger, mais parce qu’ils révèlent quelque chose de fondamental dans la nature humaine : la capacité à continuer, même fracassé.

Une expédition endeuillée dès les premiers jours

Tout avait pourtant bien commencé. L’équipe avait choisi une approche légère et autonome, sans sherpa en haute altitude, sans logistique lourde. C’est l’essence même du style alpin : grimper en équipe réduite, avec le strict nécessaire, en acceptant une part de risque incompressible. Ce choix philosophique, héritier d’une longue tradition alpiniste d’Europe centrale, définissait l’identité du projet.

Le massif du Makalu, situé dans l’Himalaya népalais à la frontière du Tibet, est l’un des environnements les plus sévères de la planète. Moins fréquenté que l’Everest ou l’Annapurna, il attire des grimpeurs qui cherchent précisément ce que les voies commerciales ne peuvent plus offrir : l’isolement, l’engagement, l’incertitude.

Les deux expéditions — l’une visant le Makalu, l’autre le Kangchungtse — progressaient en parallèle. Le contexte était favorable, les équipes étaient expérimentées. Puis le 4 mai, tout a basculé.

La mort de David Roubinek à 7 200 mètres

Ce soir-là, après une nuit passée au camp 3, à environ 7 400 mètres d’altitude, David Roubinek — 38 ans, alpiniste chevronné — commence à présenter des symptômes alarmants. Essoufflement anormal, confusion, détresse respiratoire : les signes d’un œdème pulmonaire de haute altitude sont là, sans ambiguïté.

Ses compagnons réagissent immédiatement. La descente s’engage, dans des conditions qui n’ont rien d’une promenade à cette altitude et à cette heure. Mais l’œdème pulmonaire est une course contre la montre que la montagne ne négocie pas. David Roubinek décède aux alentours de 7 200 mètres, alors qu’il était encore en train d’être secouru.

L’œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA) est l’une des pathologies les plus redoutées en alpinisme extrême. Il survient quand les poumons se remplissent de liquide en réponse à la raréfaction de l’oxygène, et peut évoluer en quelques heures vers un état critique, même chez des alpinistes parfaitement acclimatés. Aucun profil physique ne garantit une immunité totale. C’est cette imprévisibilité qui rend la haute montagne si particulière — et si dangereuse.

L’expédition est dévastée. La mort d’un partenaire de cordée laisse un vide que les mots ne suffisent pas à décrire. La question de la suite du projet devient suspendue dans l’air comme la haute altitude elle-même : lourde, oppressante, sans réponse évidente.

David Roubinek

David Roubinek

Le choix de continuer : entre deuil et conviction

Quelques jours après la mort de leur compagnon, Martin Ksandr et Petr Kadanka prennent une décision qui ne manque pas de susciter des questions. Ils choisissent de retourner sur la montagne pour tenter l’ascension du Makalu II. Pas par insouciance — ça, c’est sûr. Pas non plus par bravade.

Ce type de décision, dans le monde de l’alpinisme de haut niveau, relève d’une logique qui m’a toujours semblé à la fois difficile à expliquer et parfaitement compréhensible pour quiconque a vécu la montagne de près. Continuer, c’est parfois la seule façon d’honorer celui qui n’est plus là. C’est tenir la promesse d’un projet commun. C’est refuser que la montagne ait le dernier mot sur le sens de ce qu’on était venu faire.

Ils connaissent le terrain. Ils ont déjà été au camp 3. Et surtout, ils font ce choix en pleine lucidité, après avoir pesé les risques, absorbé le choc émotionnel, et décidé que l’ascension avait encore un sens.

L’ascension du Makalu II en style alpin

Le retour en montagne de Ksandr et Kadanka s’effectue dans la même philosophie que l’expédition initiale : sans oxygène supplémentaire, avec un équipement léger, et sans aucune assistance en haute altitude. Le style alpin dans toute sa pureté.

L’ascension du Kangchungtse à 7 678 mètres représente un défi considérable, même pour des alpinistes de ce niveau. La montagne est rarement gravie : son éloignement du réseau de camps établis, sa technicité, et la longueur de l’approche en font une entreprise sérieuse, très loin du circuit balisé des « 8000 commerciaux ».

Ce qui rend cette ascension remarquable, au-delà du contexte tragique :

  • Aucune assistance sherpa en haute altitude, conformément à la philosophie initiale
  • Pas d’oxygène artificiel, à une altitude où l’air contient environ 40 % de la quantité d’oxygène disponible au niveau de la mer
  • Un style en cordée réduite, qui suppose une autonomie totale dans la prise de décision
  • Une charge émotionnelle exceptionnelle, qui s’ajoute aux difficultés purement physiques et techniques
  • Une montagne sur laquelle les précédents sont rares, ce qui complique la lecture des conditions et de l’itinéraire

Martin Ksandr et Petr Kadanka atteignent le sommet. 7 678 mètres. Une victoire mesurée, sans triomphe bruyant. Le genre d’ascension dont on revient changé.

Pourquoi le Kangchungtse fascine les alpinistes

Le Makalu II n’a jamais prétendu rivaliser avec les grandes vedettes himalayennes. Il ne dépasse pas les 8 000 mètres, ce seuil symbolique que les médias et les sponsors ont consacré comme étalon de l’exploit. Et pourtant, dans les cercles alpinistes sérieux, le Kangchungtse jouit d’une réputation bien établie.

Situé à l’extrémité orientale du massif du Makalu, il offre un accès compliqué, des lignes techniques exigeantes et une fréquentation extrêmement faible. En 2008 déjà, les légendaires Vince Anderson et Marko Prezelj y avaient ouvert une nouvelle voie — un exploit salué par toute la communauté alpiniste mondiale, révélateur du potentiel de cette montagne discrète.

C’est précisément ce profil — difficile d’accès, peu fréquenté, techniquement engagé — qui attire les alpinistes qui cherchent à s’éloigner des files d’attente sur les voies normales de l’Everest ou du Lhotse. Le Kangchungtse, c’est l’Himalaya tel qu’il était avant d’être industrialisé.

L’approche longue, les conditions imprévisibles, l’absence de repères établis : tout ici impose une qualité de préparation et d’adaptabilité que les voies commerciales ne demandent plus vraiment. C’est inconfortable. C’est incertain. Et c’est précisément pour ça que certains y viennent.

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FAQ

Qu’est-ce que le Makalu II, aussi appelé Kangchungtse ?

Le Makalu II (ou Kangchungtse) est un géant de l’Himalaya souvent éclipsé par son grand frère.

  • Géographie : Culminant à 7 678 mètres, il s’élève au Népal dans le massif du Makalu (le 5e plus haut sommet de la planète avec ses 8 485 m). Il est relié à ce dernier par un col étroit appelé le Makalu La.
  • Caractère : Bien qu’il s’agisse techniquement d’un sommet secondaire, ses pentes raides et ses arêtes complexes en font une montagne redoutable à part entière, très isolée et préservée du tourisme de masse.
Qu’est-ce qu’un œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA) ?

C’est l’une des complications les plus redoutables du Mal Aigu des Montagnes.

  • Mécanisme : Sous l’effet du manque d’oxygène (hypoxie), la pression augmente brutalement dans les artères pulmonaires, ce qui provoque une fuite de liquide (sérobité) directement dans les alvéoles de vos poumons. L’alpiniste finit littéralement par s’asphyxier.
  • Symptômes : Une toux persistante (souvent accompagnée de crachats rosâtres ou mousseux), un essoufflement extrême au repos et un râle caractéristique dans la poitrine sont des signes d’extrême urgence.
  • Traitement : En mai 2026, la médecine de montagne n’a pas changé de doctrine : l’administration d’oxygène et l’utilisation d’un caisson hyperbare portable aident, mais la redescente immédiate et rapide de plusieurs centaines de mètres est la seule mesure qui sauve la vie.
Qu’est-ce que l’alpinisme en style alpin ?

C’est le sommet de l’éthique et de la performance sportive en haute altitude.

  • Le principe : Les alpinistes transposent les méthodes de grimpe des Alpes à l’Himalaya. Ils partent du bas vers le haut en une seule traite, transportant tout leur matériel (tente, nourriture, réchaud) dans leur sac.
  • Zéro assistance : Ce style bannit l’utilisation d’oxygène en bouteille, l’installation de cordes fixes à l’avance et le recours à des porteurs d’altitude pour installer des camps intermédiaires.
  • Philosophie : C’est une stratégie fondée sur la vitesse, la légèreté et un engagement mental absolu face aux éléments.
Le Makalu II a-t-il déjà été gravi auparavant ?

Oui, mais ses ascensions se comptent sur les doigts de la main.

  • Historique moderne : En 2008, le duo d’élite composé de l’Américain Vince Anderson et du Slovène Marko Prezelj y a signé un exploit mémorable en ouvrant une voie technique d’envergure en style alpin sur sa face ouest.
  • Une cible sauvage : Le Kangchungtse reste délaissé par les agences commerciales au profit des sommets de plus de 8 000 mètres. Pour les alpinistes de pointe en 2026, il incarne le terrain d’aventure idéal pour tracer des lignes pures dans une solitude totale.
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