Khokana est l’un de ces endroits rares qui donnent l’impression d’avoir raté le train de la modernité — et c’est précisément ce qui le rend inoubliable. À seulement une dizaine de minutes en voiture depuis le carrefour de Bagdole sur le périphérique de Lalitpur, ce village newar du sud de la vallée de Katmandou ressemble à une parenthèse soigneusement préservée dans un monde qui n’arrête jamais de construire, de démolir et de reconstruire.
J’y suis allé un matin de novembre, après plusieurs semaines passées dans le chaos sonore de Thamel. La différence était frappante. Ici, les rues sont pavées de dalles de pierre usées par des siècles de pas, les maisons en brique rouge portent encore leurs balcons en bois sculpté, et l’odeur de l’huile de moutarde chauffée flotte depuis des moulins qui tournent, inchangés, depuis le Moyen Âge.
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ToggleCe qui rend le village Khokana Népal unique dans la vallée
La vallée de Katmandou, on le sait, avale ses propres villages. La bétonisation progresse quartier par quartier, transformant d’anciens noyaux newar en extensions de la ville. Pourtant, quelques îlots résistent — et Khokana est sans doute le plus cohérent d’entre eux.
Le village a même été proposé à l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1996, preuve que sa valeur historique est reconnue bien au-delà des frontières népalaises. Ce statut, même à l’état de candidature, a contribué à freiner les transformations les plus brutales.
Ce qui frappe d’abord en arrivant, c’est l’échelle humaine du lieu. Pas de voitures qui klaxonnent, pas de chantiers tonitruants. Les chemins pavés serpentent entre les maisons, parfois si étroits qu’ils ressemblent davantage à des sentiers de montagne qu’à des rues de village. Les étangs communautaires, alimentés par des robinets en pierre taillée, sont encore utilisés par les habitants pour certaines tâches quotidiennes — et servent de cadre aux rituels religieux plusieurs fois par an.

Le centre historique et ses trésors cachés
Le temple Indrayanee et les maisons guthi
Le cœur du village historique se trouve à environ cinq minutes à pied de l’arrêt de bus local. On y découvre le temple Indrayanee, entouré d’un étang remarquablement bien entretenu dont les bords en pierre sculptée datent de plusieurs siècles. Autour de lui, les maisons guthi — ces bâtisses communautaires typiques de la culture newar — témoignent d’un système social fondé sur la solidarité de quartier, encore bien vivant aujourd’hui.
Certaines de ces maisons ont plus de cent ans. Leurs façades en brique rouge, leurs fenêtres en bois ajouré et leurs linteaux finement décorés racontent une architecture qui n’a pas besoin d’être reconstituée : elle est simplement là, habitée, réelle.
Le musée Khokana et la première ampoule électrique du Népal
L’une des maisons du centre abrite le musée Khokana, actuellement fermé au public mais dont la légende reste bien visible : c’est ici que fut installée la première ampoule électrique du Népal, sur ordre de Chandra Shamsher en 1911. Le support d’origine est encore fixé au mur, comme un monument discret à l’entrée du pays dans l’ère électrique.
Ce genre de détail, qu’on ne trouve dans aucun guide mainstream, est précisément ce qui donne à Khokana son caractère particulier : l’histoire y est concrète, palpable, sans mise en scène touristique.
Les moulins à huile de moutarde, une tradition vivante
Si Khokana est connu pour une chose en dehors de la vallée, c’est bien ses moulins à huile de moutarde. Ces petites coopératives artisanales, disséminées dans tout le village, produisent une huile pure et non raffinée selon des méthodes inchangées depuis des siècles.
Lors de ma visite dans l’un d’eux, le propriétaire — un homme d’une soixantaine d’années aux mains calleuses par des décennies de travail — m’a montré avec fierté le four et la presse utilisés dans son atelier. Selon lui, ces outils auraient été offerts par la royauté de Patan avant même l’avènement de la dynastie Shah. Trois cents ans d’huile de moutarde pressée dans la même cuve en bois.
L’huile produite ici n’a rien à voir avec ce qu’on trouve en supermarché. Elle est dense, légèrement piquante, avec ce goût franc de graine broyée à froid qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les touristes — locaux comme étrangers — repartent presque tous avec une bouteille. Les granulés de moutarde, utilisés comme engrais naturel ou condiment, sont également disponibles à la vente.
Voici ce qu’on peut retenir d’une visite dans les moulins :
- Processus entièrement manuel : pas de machine industrielle, juste des outils centenaires et un savoir-faire transmis de génération en génération
- Production communautaire : beaucoup de ces moulins appartiennent à la collectivité ou emploient exclusivement des habitants du village
- Huile biologique par nature : aucun intrant chimique, des graines locales pressées à froid
- Valeur pédagogique réelle : une fenêtre ouverte sur l’artisanat médiéval encore fonctionnel
- Souvenir authentique : difficile de trouver cette huile ailleurs dans la vallée sous cette forme

Le temple de Sikali et le Jatra qui lui rend hommage
Un sentier de randonnée pour y accéder
À environ une heure de marche depuis le village, perché dans les collines qui surplombent la vallée, le temple de Sikali est l’un des sites les plus singuliers de la région. On peut certes y accéder en transport, mais la vraie manière de s’y rendre, celle qui a du sens, c’est de suivre les sentiers pavés qui s’élèvent progressivement depuis Khokana.
Ces chemins, anciens et peu entretenus, offrent des panoramas exceptionnels sur la vallée de Katmandou. Par temps clair, on distingue les reliefs qui encerclent la plaine, avec la masse blanche des sommets himalayens en toile de fond. Le sentier longe des murets de pierre, traverse des champs de moutarde en fleur à l’automne, passe devant de petits sanctuaires nichés sous des arbres. Si on se perd — ce qui m’est arrivé — les habitants rencontrés en chemin sont d’une aide précieuse et franchement accueillants.
Le Sikali Jatra, un festival à part entière
Le temple de Sikali, construit en style pagode sur trois étages, est dédié à la déesse locale Rudrayani. Il est entouré d’une vaste prairie qui se transforme chaque année en scène de festival lors du Sikali Jatra, une célébration de cinq jours qui démarre à Ghatasthapana, entre mi-septembre et fin septembre.
Ce festival fonctionne comme une alternative locale à Dashain pour les habitants de Khokana. Il regroupe des danses de chars, des reconstitutions de scènes épiques liées à la mythologie de Rudrayani, et des processions colorées qui réunissent toute la communauté. C’est l’un des rares festivals de la vallée où l’on sent que la célébration s’adresse d’abord aux habitants eux-mêmes, pas aux touristes.
Comment rejoindre Khokana depuis Katmandou
L’accès est simple. Depuis le carrefour de Bagdole sur la route périphérique, moins de dix minutes en voiture suffisent. Depuis l’aéroport international de Tribhuvan, un taxi direct prend environ trente minutes selon la circulation. Le village est également accessible en transport en commun local depuis Lalitpur.
Pour les amateurs de marche, plusieurs sentiers relient Khokana aux villages voisins et au temple de Sikali. Prévoir de bonnes chaussures — les pavés anciens sont irréguliers — et un appareil photo avec beaucoup de mémoire.

FAQ sur Khokana (Édition 2026)
Khokana est-il inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO ?
En mai 2026, le village de Khokana figure toujours sur la liste indicative de l’UNESCO (depuis 1996).
- Statut : Bien que le dossier « Khokana, le village vernaculaire et son patrimoine industriel de l’huile de moutarde » soit régulièrement cité, il n’a pas encore rejoint la liste finale du patrimoine mondial.
- Conservation : La municipalité de Lalitpur a intensifié ses efforts de restauration depuis 2025 pour protéger les structures médiévales et les moulins en bois face à l’urbanisation croissante de la vallée de Katmandou.
Peut-on acheter de l’huile de moutarde directement dans les moulins ?
Oui, c’est l’activité phare du village.
- L’expérience : Environ 10 à 15 moulins sont en activité aujourd’hui. Le plus célèbre, le Gabu Jya Sa, utilise toujours un pressoir en bois traditionnel (Kol) vieux de 300 ans.
- Qualité : L’huile vendue est pure, pressée à froid et non raffinée. Vous pouvez observer le processus complet, du séchage des graines à l’extraction.
- Souvenir : En 2026, l’huile de Khokana est considérée comme le souvenir gastronomique le plus prestigieux de la région de Lalitpur.
Quelle est la meilleure période pour visiter Khokana ?
Le calendrier de Khokana est rythmé par les saisons agricoles et religieuses :
- L’automne (Septembre – Novembre) : C’est la période idéale. Le ciel est dégagé après la mousson et l’atmosphère est festive.
- Sikali Jatra : En 2026, ce festival majeur (l’alternative locale à Dashain) se déroule du 11 au 20 octobre. Le 15 octobre est le jour principal de la procession du char vers le temple de Sikali.
- Le printemps (Mars – Mai) : La période actuelle (mai 2026) est parfaite pour la photographie, avec des champs en fleurs et des températures agréables autour de 24°C.
Y a-t-il des restaurants sur place ?
Khokana offre une immersion culinaire Newar authentique :
- Spécialités : Ne manquez pas le Choila (bufflonne ou canard mariné), le Bara (galette de lentilles) et les plats servis avec du riz aplati (Chiura).
- Où manger : De petits restaurants locaux bordent le centre historique. Pour une expérience plus gastronomique, certains établissements proposent désormais des menus dégustation de 6 à 10 plats mettant en avant l’huile de moutarde du village.
- Accès : Idéalement, combinez votre déjeuner à Khokana avec une visite du village voisin de Bungmati, situé à 15 minutes de marche.
À propos de OutWild
Salut, moi c’est Karim Akachar. Alpiniste et himalayiste passionné, fondateur du média Outwild, je pratique l’alpinisme en solo ou en binôme, principalement en style alpin. À travers mes expéditions, je partage des récits de terrain, des conseils techniques et mon expérience de la montagne, avec l’envie de transmettre les valeurs d’autonomie, d’engagement et de respect du milieu alpin.
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En Alpinisme, la base c'est la question : "Est-ce que je peux mourir parce que je n'aurais pas emmené ce…
Tout à fait !
Incroyable la tentative du japonais Yuichiro Miura. Descendre en parachute, fallait y penser 😂😂
1 message sur “Le village Khokana au Népal, loin du chaos de Katmandou”
Étant allée plusieurs fois je ne connaissais pas cet endroit 😕 hâte de le visiter car Katmandou c’est infernal niveau bruit