Tyler Andrews tente le record de vitesse sur l’Everest sans oxygène

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Tyler Andrews tente le record de vitesse sur l'Everest sans oxygène

Tyler Andrews s’apprête à vivre la nuit de sa vie. Ce samedi 23 mai, à 20h heure népalaise, le coureur américain quitte le camp de base de l’Everest pour tenter l’une des ascensions les plus audacieuses jamais entreprises : atteindre le toit du monde sans oxygène supplémentaire, aussi vite que possible. Son objectif est clair — battre le record du monde d’ascension, détenu depuis 1998 par Kaji Sherpa avec un temps vérifié de 20 heures et 24 minutes. Et s’il tient le rythme à la descente, il vise également le FKT aller-retour, une performance que personne n’a encore officiellement revendiquée sur l’Everest sans bouteille.

Ce n’est pas un coup de tête. Andrews prépare ce moment depuis des années.

Un homme, une montagne, une nuit entière

Il y a quelque chose de presque irréel dans le fait de courir vers le sommet de l’Everest la nuit. Pendant que la plupart des alpinistes s’encordent prudemment entre les camps, les yeux rivés sur leurs pas dans la lampe frontale, Andrews lui avancera à un rythme que peu d’humains peuvent soutenir à 5 000 mètres — et encore moins à 8 000.

Son plan : partir dans l’obscurité, gravir les flancs de la montagne toute la nuit, et atteindre le sommet tôt dimanche matin. Ensuite, redescendre en courant jusqu’au camp de base. L’aller-retour complet, sans masque à oxygène, dans une fenêtre météo qui semble tenir.

Ce qui rend l’entreprise encore plus saisissante, c’est qu’il n’existe pas de record officiel d’aller-retour sans oxygène sur l’Everest. Non par manque de performances, mais parce que personne ne s’était encore fixé cet objectif avec une démarche de chronométrage sérieuse. Andrews veut combler ce vide — et le faire avec éclat.

Tyler Andrews  everest

Un palmarès qui parle pour lui

Je ne suis pas du genre à m’emballer facilement pour ce type d’annonce. Mais quand on regarde le parcours d’Andrews, difficile de rester sceptique trop longtemps.

L’Américain détient plus de 90 records de vitesse en montagne. Son fait d’armes le plus parlant reste peut-être le FKT du Manaslu, un 8 000 mètres népalais, à 8 163 mètres d’altitude. Cette ascension lui a ouvert les portes d’un club très restreint : les coureurs capables de performer en altitude extrême, pas seulement en course sur sentier classique.

L’an dernier, il avait déjà tenté l’Everest — deux fois. Au printemps, puis à l’automne. Sa meilleure marque : entre 8 000 et 8 050 mètres, atteints le 26 septembre. Une frustration. Une donnée. Et visiblement, une motivation suffisante pour revenir cette année avec un plan plus affiné.

Voici ce qui caractérise son profil d’athlète :

  • Spécialiste altitude : ses records se concentrent sur des sommets au-dessus de 5 000 mètres
  • Sans oxygène supplémentaire : une contrainte qu’il s’impose systématiquement
  • Approche scientifique : il intègre la météo, le timing des équipes commerciales, la gestion de l’effort nocturne
  • Mental de chasseur de records : plus de 90 FKT validés, pas un seul par hasard
  • Expérience Everest : deux tentatives en 2024, dont une à l’automne — saison plus calme, moins de monde

Karl Egloff dans l’ombre, même montagne

L’histoire ne serait pas complète sans mentionner Karl Egloff. L’Équatorien — l’un des meilleurs coureurs de montagne au monde — est lui aussi au camp de base de l’Everest en ce moment, avec les mêmes intentions. Même sommet, même ambition, même fenêtre météo.

Hier, Egloff a posté sur ses réseaux qu’il attendrait le départ des grandes expéditions commerciales avant de s’élancer. Il sera soutenu par son ami et partenaire d’entraînement Nicolas Miranda. Deux hommes, deux stratégies, une même montagne légendaire.

Quand on a demandé à Andrews comment il vivait cette pression compétitive, sa réponse était désarmante de sobriété : « Je me concentre uniquement sur ce que je peux contrôler, c’est-à-dire donner le meilleur de moi-même. » Il a également souhaité à tous ceux présents sur l’Everest — Egloff inclus — « une expérience enrichissante et sans incident. »

C’est le genre de phrase qui en dit long sur un état d’esprit. Pas de provocation, pas de drama. Juste quelqu’un qui a fait ses calculs et qui avance.

Le moment idéal sur l’Everest

Le timing n’est pas anodin. La saison des sommets du printemps 2025 a battu des records d’affluence, avec des files d’attente parfois grotesques dans la zone de la mort. Mais en ce 23 mai, le flux principal est passé. Les grandes expéditions ont en grande partie terminé leurs rotations. Les camps 3 et 4 accueillent encore quelques équipes, mais la montagne respire.

La fenêtre météorologique semble tenir — condition sine qua non pour une telle tentative. À ces altitudes, la moindre perturbation peut transformer une ascension rapide en combat pour la survie. Andrews et son équipe ont visiblement attendu ce créneau avec patience.

C’est d’ailleurs ce qui distingue une vraie tentative de record d’un simple exploit médiatique : la préparation en amont, l’analyse des flux d’alpinistes, la lecture des modèles météo, et le courage de renoncer si les conditions ne sont pas parfaites. Cette nuit-là, tout semble aligné.

Ce que ce record représente vraiment

Le record actuel d’ascension du camp de base au sommet appartient à Kaji Sherpa depuis 1998 — soit 20 heures et 24 minutes, avec oxygène à la descente. Vingt-sept ans de règne, c’est une éternité dans le monde des FKT modernes.

Ce qui rend la tentative d’Andrews particulièrement forte, c’est qu’il vise quelque chose d’encore plus exigeant : aucun oxygène supplémentaire dans les deux sens, montée et descente. C’est physiologiquement d’une autre dimension. Au-dessus de 8 000 mètres, dans ce qu’on appelle la zone de la mort, le corps humain se dégrade plus vite qu’il ne récupère. Courir là-haut, c’est jouer avec les marges les plus fines qui soient.

Pour le FKT aller-retour sans oxygène, il n’existe à ce jour aucun temps de référence officiel. Des ascensions rapides ont eu lieu, oui — mais sans objectif de record ni chronométrage validé. Andrews veut créer la référence. Écrire la première ligne d’un registre encore vierge.

Mon regard sur cette tentative

Personnellement, ce qui me touche dans cette histoire, c’est moins la performance en elle-même que la façon dont Andrews l’aborde. Il n’est pas là pour le buzz. Il a déjà 90 records. Il revient sur l’Everest après deux échecs partiels, avec une humilité qu’on voit rarement à ce niveau.

J’ai suivi pas mal d’alpinistes et de trail runners ces dernières années. Ceux qui durent, ceux qui progressent vraiment, ce sont toujours ceux qui savent attendre le bon moment plutôt que de forcer. Ce samedi soir, Andrews part parce que les planètes sont alignées — pas parce que les caméras sont là.

FAQ

Quel est le record actuel d’ascension de l’Everest depuis le camp de base ?

Le record officiel et vérifié est détenu par le Népalais Kaji Sherpa depuis la fin des années 90.

  • La performance : En 1998, Kaji Sherpa a pulvérisé les compteurs en reliant le camp de base au sommet de l’Everest en seulement 20 heures et 24 minutes.
  • Le style : Il est important de préciser que si sa montée s’est faite de manière fulgurante, il a eu recours à l’utilisation d’oxygène artificiel lors de la phase de descente pour sécuriser son retour.
Tyler Andrews utilisera-t-il de l’oxygène supplémentaire ?

Non, l’athlète américain mise sur un style d’une pureté absolue pour sa tentative.

  • Sans assistance : Andrews s’élance dans ce défi de vitesse de manière totalement autonome sur le plan respiratoire, excluant l’usage de bouteilles d’oxygène à l’aller comme au retour.
  • Défi biologique : Ce choix technique impose des contraintes physiologiques et cardiaques infiniment plus lourdes, la rareté de l’air au-dessus de 8 000 mètres limitant drastiquement la vitesse de course et la lucidité.
Qu’est-ce qu’un FKT en alpinisme et en course de montagne ?

Le FKT, ou « Fastest Known Time » (Temps le Plus Rapide Connu), redéfinit les codes de la vitesse en milieu naturel.

  • Le concept : Il s’agit du chrono de référence établi par un athlète sur un parcours ou un sommet spécifique. La validation repose sur des traces GPS certifiées et des preuves visuelles partagées avec la communauté.
  • La flexibilité : Contrairement aux compétitions classiques ou aux records homologués par des fédérations, un FKT peut être tenté en autonomie, en solo ou en équipe, à n’importe quel moment de l’année, s’affranchissant ainsi des structures organisationnelles lourdes.
Karl Egloff tente-t-il aussi le record en même temps ?

Oui, une émulation de très haut niveau se prépare simultanément sur les pentes du géant de l’Himalaya.

  • Un sérieux prétendant : L’alpiniste et skyrunner italo-équatorien Karl Egloff, figure incontournable des records de vitesse en altitude, est également présent au camp de base pour un projet similaire.
  • La stratégie : Egloff n’est pas dans une logique de confrontation directe au jour près. Il a choisi de patienter sagement afin de bénéficier d’un créneau météorologique parfait et, surtout, d’attendre que le gros des expéditions commerciales classiques ait libéré la voie pour ne pas être ralenti dans sa progression.
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2 messages sur “Tyler Andrews tente le record de vitesse sur l’Everest sans oxygène”

  1. Yves dit :

    Records, records, ces gens ont sali la pratique de l’alpinisme avec leur chrono à la con

    1. OutWild dit :

      Chacun ses rêves 🙂

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