Bartek Ziemski descend l’Everest à ski sans oxygène — et s’en fiche presque

1
Bartek Ziemski descend l'Everest à ski sans oxygène — et s'en fiche presque

Bartek Ziemski ski Everest — deux mots qui auraient pu faire trembler n’importe quel alpiniste. Lui, 31 ans, Polonais, les prononce avec à peu près autant d’émotion que s’il racontait une randonnée en forêt. Quelques heures après être rentré au camp de base, la voix posée, les yeux un peu vides de fatigue, il répond aux questions qu’on lui pose avec cette franchise désarmante qui le caractérise. Pas de dramaturgie, pas de formule toute faite sur « repousser les limites humaines ». Juste les faits, filtrés par un regard à la fois lucide et légèrement désabusé sur ce que l’Everest est devenu.

Ce qui s’est passé là-haut, pourtant, restera dans les annales. Une ascension en solitaire, sans oxygène, dans une fenêtre météo quasi introuvable. Une descente à ski depuis le sommet le plus haut du monde, en longeant des crêtes que la plupart des alpinistes traversent à quatre pattes. Et une montagne presque vide, par un heureux concours de circonstances, le jour où tout aurait pu mal tourner.

Une fenêtre météo que lui seul a saisie

La veille, les vents étaient violents. Tellement violents que des dizaines de cordées avaient renoncé à partir pour le sommet, ou avaient fait demi-tour au Balcon. Ziemski, lui, avait regardé les prévisions avec une attention particulière. « Elles annonçaient une baisse du vent durant la nuit, pour atteindre son minimum à 2 heures du matin. J’ai donc pris mes dispositions en conséquence. Et c’est exactement ce qui s’est passé. »

Ce détail change tout. Pendant que les autres hésitaient à cause des rafales du soir, Ziemski quittait le camp 4 vers 23 heures, seul sur les cordes. Il a croisé des grimpeurs qui redescendaient, découragés. Il a ralenti, attendu que le vent tombe. Et quand il est arrivé au Balcon,

« il n’y avait plus un souffle de vent. Littéralement aucun. »

C’est ce genre de décision — calme, documentée, prise à contre-courant — qui sépare les grimpeurs exceptionnels des autres. Pas l’audace aveugle. La lecture du terrain et la confiance dans ses propres données.

Bartek Ziemski descend l'Everest à ski sans oxygène

Une montagne étonnamment déserte

Il estimait à une vingtaine le nombre de sommets atteints ce jour-là. Certaines sources en ligne en comptent soixante, mais il conteste ce chiffre. Peu importe : par rapport aux centaines d’alpinistes habituellement entassés sur la voie normale en haute saison, c’était une journée exceptionnellement calme.

« J’avais la montagne pour moi tout seul, ce qui était vraiment un atout. »

Pour quelqu’un qui cherchait à descendre à ski depuis le sommet de l’Everest, c’était une chance inespérée. Une piste bondée de cordes fixes et de files d’alpinistes épuisés aurait rendu la descente proprement impossible. Là, il pouvait skier.

L’ascension, pied à pied et sans oxygène

Ziemski avait adopté la même stratégie d’approche que sur le Lhotse, qu’il avait skié quelques jours plus tôt. Départ du camp de base le dimanche, montée au camp 3. Lundi, transfert au camp 4 avec tente et équipement. Repos. Puis départ pour le sommet à 23 heures.

  • Aucun oxygène supplémentaire, ni à la montée ni à la descente
  • Attaches aux cordes fixes à quelques passages sécurisés, sans descente en rappel
  • Ascension en solitaire sur la quasi-totalité de l’itinéraire
  • Croisement d’un seul guide et son client juste avant le sommet, au ressaut Hillary
  • Photo prise par un sherpa — les seules images disponibles de l’exploit, en attendant les fichiers GoPro

Ce sherpa, dont Ziemski ne connaît pas le nom, a immortalisé le moment. Un détail savoureux : l’alpiniste qui vient peut-être de réaliser la descente à ski de l’Everest la plus impressionnante de tous les temps n’a même pas pensé à demander le nom de son photographe. Si vous vous reconnaissez dans cet article, contactez-nous. 🙂

Bartek Ziemski descend l'Everest à ski sans oxygène

La descente — ligne directe, crêtes exposées, glace bleue

La partie technique commence là où d’autres s’arrêteraient. Depuis le sommet, Ziemski a d’abord skié la crête sommitale — exposée, étroite, avec le vide des deux côtés. Pour ceux qui ont vu des photos de cet endroit, ça donne le vertige rien qu’à regarder. Sa réaction :

« Tout allait bien, ce n’était que de la neige. »

Il a ensuite pris une ligne directe sur la face Lhotse, contournant les barres rocheuses pour rejoindre le camp 4 par en dessous — une approche similaire à celle qu’Andrzej Bargiel avait utilisée lors de sa propre descente de l’Everest à l’automne 2025. Une ligne plus logique pour le ski que la voie normale, et surtout une façon d’éviter complètement les files d’alpinistes qui montaient en sens inverse.

« J’ai vu ces centaines de personnes monter… la file était… incroyable ! Une seule fois, et de loin. Assez pour être sidéré. »

Les conditions de neige ? Mitigées. La neige dure du sommet, idéale pour le ski de haute montagne. Mais en dessous du Balcon, peu de neige et beaucoup de rochers recouverts d’une fine couche balayée par le vent. Sur la face Lhotse, principalement de la glace bleue. Des conditions exigeantes, qui demandent une technique irréprochable sur les carres.

Bartek Ziemski descend l'Everest à ski sans oxygène

Du camp 4 au camp de base — sans s’arrêter

Après une courte pause au camp 4 pour plier bagage, Ziemski a skié sans interruption jusqu’au camp 1, où il avait laissé un dépôt de matériel. Il faisait encore jour. Il a continué.

La cascade de glace du Khumbu l’attendait — un labyrinthe de séracs, de crevasses et d’échelles métalliques posées au-dessus du vide. L’itinéraire avait légèrement changé depuis sa descente du Lhotse une semaine plus tôt. Qu’à cela ne tienne : il a adapté sa ligne, skié là où il pouvait, et franchi la dernière échelle avec les skis aux pieds. Comme la semaine dernière.

Retour au camp de base — et la question qui fâche

Quelques heures plus tard, on lui parle. Il est fatigué, forcément. Mais surtout, il semble soulagé que ce soit terminé. L’Everest ne l’a pas enchanté.

« L’Everest n’a plus rien d’intéressant, plus rien de glamour. La foule est infernale, et ce qui se passe sur la montagne… ce n’est plus de l’alpinisme. » Il ajoute, presque avec regret : « Ce n’est pas comme le K2, qui est une pyramide parfaite. Le sommet de l’Everest est caché et l’ascension n’est pas agréable. »

On comprend ce qu’il veut dire. L’Everest est devenu une infrastructure. Un produit. Des files d’attente à 8 000 mètres, des bouteilles d’oxygène abandonnées, des sherpas qui portent les rêves des autres. Pour un alpiniste comme Ziemski — qui a gravi et skié neuf sommets de plus de 8 000 mètres depuis 2022, sans oxygène, sans assistance sherpa — c’est une forme de désillusion.

Ce que cet exploit signifie vraiment

Notre avis, en tant que passionnés d’alpinisme de haut niveau : ce que Ziemski a fait n’est pas juste « impressionnant ». C’est une combinaison rarissime de technicité à ski, de résistance physiologique à l’altitude sans oxygène et de lucidité tactique dans la lecture des conditions. Beaucoup ont skié des 8 000. Très peu l’ont fait sur l’Everest, depuis le sommet, sans oxygène, en conditions de neige difficiles.

Et lui, il espère « rester parfaitement anonyme ». C’est presque drôle.

Ce qui l’intéresse maintenant ? Pas forcément un autre 8 000. « D’habitude, quand je finis de skier une montagne, j’ai déjà un autre sommet en tête, mais cette fois-ci, je ne peux m’empêcher de penser : ah, je n’aime plus les sommets de plus de 8 000 pieds. »

Sauf peut-être un. Quand on lui pose la question sur le K2, il marque une pause.

« Ok, celle-ci est intéressante. »

Bartek Ziemski descend l'Everest à ski sans oxygène

FAQ — Bartek Ziemski et la descente à ski de l’Everest

Bartek Ziemski a-t-il utilisé de l’oxygène pour grimper et skier l’Everest ?

Non. L’absence d’assistance respiratoire est précisément ce qui place cette performance au sommet de l’alpinisme moderne.

  • Zéro oxygène : Bartek Ziemski a effectué l’intégralité de son ascension et de sa descente en autonomie respiratoire complète, refusant l’utilisation de bouteilles d’oxygène de confort.
  • Défi physiologique : Évoluer et skier dans la « zone de la mort » sans apport d’oxygène artificiel pousse le corps humain à ses limites absolues, augmentant drastiquement la fatigue musculaire, la perte de lucidité et le risque d’engelures fulgurantes.
Depuis quelle altitude a-t-il skié ?

La ligne de descente s’est élancée depuis le point culminant de la planète.

  • Le point de départ : Ziemski a chaussé ses skis directement au sommet de l’Everest, à 8 849 mètres d’altitude.
  • L’itinéraire : Il a skié la quasi-totalité de la face sud de la montagne. Sa descente a été fluide, marquée par une seule courte pause logistique au Camp 4 afin de récupérer le reste de son matériel de bivouac, avant de poursuivre sa glisse jusqu’aux abords de la cascade de glace du Khumbu.
Combien d’alpinistes ont atteint le sommet ce jour-là ?

La fréquentation était exceptionnellement basse, une aubaine pour le skieur polonais.

  • Fréquentation réelle : Ziemski estime qu’environ une vingtaine de personnes seulement (grimpeurs occidentaux et guides Sherpas confondus) ont foulé le sommet le jour de son exploit.
  • Contestation des chiffres : L’alpiniste conteste les bilans beaucoup plus élevés qui circulent parfois sur internet. Cette relative solitude sur la voie normale de la face sud lui a offert une liberté de mouvement indispensable pour négocier ses virages sans mettre en danger d’autres cordées.
Où en est-il dans sa liste des sommets de 8 000 mètres ?

Son palmarès en haute altitude est devenu l’un des plus impressionnants de sa génération.

  • Le bilan actuel : Depuis le lancement de ses projets en 2022, le skieur polonais a déjà gravi et descendu intégralement à ski neuf sommets de plus de 8 000 mètres.
  • Une éthique stricte : Toutes ses expéditions sont menées selon les règles du style pur : sans oxygène en bouteille et sans l’assistance de Sherpas d’altitude pour porter ses charges.
  • La suite : Bien qu’il ne cherche pas à faire la course aux chiffres et sélectionne minutieusement ses objectifs, le mythique et redoutable K2 (8 611 m) au Pakistan reste l’un des rares géants qui pourraient l’attirer pour un futur défi majeur.
4.9/5 - (20 votes)

1 message sur “Bartek Ziemski descend l’Everest à ski sans oxygène — et s’en fiche presque”

  1. Chris Lopez dit :

    Super exploit, en revanche il abuse de ne pas avoir demandé au moins le nom du sherpa pour la prise de photo, ya un savoir vivre quand même

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *