Iker Pou ouvre 2 nouvelles voies à Taghia, Maroc — exploit en conditions hivernales

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Iker Pou ouvre 2 nouvelles voies à Taghia, Maroc — exploit en conditions hivernales

Iker Pou à Taghia : deux nouvelles voies taillées dans le froid marocain. Les gorges de Taghia, au cœur du Haut Atlas marocain, exercent une fascination particulière sur les grimpeurs du monde entier. Parois vertigineuses, calcaire d’exception, isolement total — c’est l’un de ces endroits qui font encore rêver dans un monde où les spots d’escalade se multiplient à l’infini. Et quand Iker Pou y retourne, ce n’est jamais pour faire du tourisme. Cette fois, le Basque est revenu avec deux nouvelles voies de plusieurs longueurs dans les bras, réalisées dans des conditions qui auraient poussé beaucoup d’autres équipes à plier bagages.

Je dois l’admettre : suivre les aventures de Pou à Taghia, c’est toujours un mélange d’admiration et d’incompréhension. Comment peut-on ouvrir des voies cotées 8a et potentiellement 8c par des températures glaciales, avec de la neige sur les sommets ? La réponse tient probablement à une combinaison de préparation mentale hors norme, d’expérience du lieu, et d’une équipe bien choisie.

Club Ahmed, une voie née en trois jours sur le Tuyat

La première moitié du voyage s’est construite autour d’une collaboration entre Pou et Joseph Harris, grimpeur et fin connaisseur de Taghia. Ensemble, ils ont posé les yeux sur la face est du Tuyat — une paroi massive qui impose le respect même quand on n’a pas de corde dans le sac.

Iker Pou ouvre 2 nouvelles voies à Taghia, Maroc — exploit en conditions hivernales

En trois jours seulement, les deux hommes ont tracé Club Ahmed, une voie de 260 mètres cotée jusqu’à 8a, qu’ils ont libérée dans la foulée. Le nom n’est pas anodin : il rend hommage à Ahmed, le gardien du refuge de Taghia, dont l’hospitalité est devenue légendaire parmi les grimpeurs qui fréquentent ce coin de montagne depuis des années. C’est ce genre de détail qui dit beaucoup d’une expédition — le fait de nommer une voie non pas après soi-même ou une prouesse technique, mais après celui qui vous a offert le thé et un toit.

La difficulté de la voie, 8a sur 260 mètres, en fait immédiatement un objectif sérieux pour les meilleurs grimpeurs de grandes voies. Ce n’est pas de l’alpinisme dilettante : il faut être capable de grimper à ce niveau tout en gérant l’exposition, la fatigue accumulée sur plusieurs longueurs, et ici, le froid mordant des gorges en hiver.

Ce que ça implique techniquement

Pour situer le niveau : 8a en grande voie représente un défi d’une autre nature que le 8a en falaise courte. Les muscles ne récupèrent pas de la même manière, la gestion de l’effort sur plusieurs heures change tout, et l’environnement de haute montagne ajoute une couche de complexité que les chiffres seuls ne restituent pas.

Entre les deux premières, des ascensions libres sous pression

Le voyage ne s’est pas résumé à l’ouverture. Entre les deux nouvelles voies, Pou et Harris ont profité de leur présence sur place pour enchaîner deux itinéraires déjà existants, histoire de ne pas laisser de calcaire sans grimper.

Leur premier choix : Somos Nosotros (600 m, 7b+), ouverte en 2024 par Harris et ses compagnons de cordée. Les deux grimpeurs ont réussi à enchaîner en libre toutes les longueurs techniques de la voie — un beau succès — avant de devoir faire demi-tour à quelques longueurs de facilité du sommet. La raison ? Ils avaient oublié leurs lampes frontales au pied de la voie. Une erreur humaine, presque attachante, qui rappelle que même les meilleurs ne sont pas à l’abri d’un oubli basique. La montagne remet tout le monde à sa place.

Le lendemain — ou presque, dans une journée décrite comme particulièrement froide — ils ont enchaîné Bien de Pan(380 m, 7c+) sur le Jbel Taladrate, à vue et en libre. 380 mètres de rocher à 7c+, à vue. En conditions hivernales. Certains climbers en font leur projet de saison entière.

Ce que ces ascensions illustrent, c’est la profondeur du voyage : Pou ne vient pas à Taghia pour une seule ligne. Il arrive avec une vision d’ensemble, en profitant de chaque journée, de chaque condition météo, de chaque partenaire disponible. C’est une philosophie de l’alpinisme qu’on voit de moins en moins — l’expédition totale, immersive, productive jusqu’au bout.

Iker Pou ouvre 2 nouvelles voies à Taghia, Maroc — exploit en conditions hivernales

Aske, ou l’art d’ouvrir une voie dans un blizzard

Pour conclure ce voyage marocain, Pou a reformé sa cordée avec deux jeunes grimpeurs : Héctor Marrodán et Ibai Ezio. La cible : la Paroi de la Cascade, à gauche de la voie Kairos (ouverte en mars 2023 par Davide Gaeta, Gabriele Gorobey et Guido De Sabbata).

Ce que l’équipe a traversé pour terminer cette voie dépasse le cadre de la simple difficulté technique. Les trois grimpeurs ont fait face à :

  • Des blizzards à répétition sur plusieurs jours
  • Des températures glaciales qui compromettaient à la fois la sécurité et la qualité du rocher
  • Une pression temporelle — le dernier jour du voyage comme deadline imposée
  • Un niveau de difficulté extrême : le passage clé est estimé autour du 8c

Malgré tout ça, l’équipe a réussi à boucler Aske, une voie de 185 mètres qui porte un nom basque — aske signifie « libre » en euskara, ce qui prend un sens particulier quand on sait que la première ascension libre reste à réaliser.

Pourquoi la première libre reste à venir

La voie a été ouverte et équipée lors de ce voyage, mais le passage estimé à 8c n’a pas encore été enchaîné en libre — c’est-à-dire sans utiliser les protections comme points d’appui. Dans la culture de l’escalade de haut niveau, la première ascension libre est ce qui « valide » véritablement une voie. Et connaissant Pou, l’idée qu’il laisse un projet en suspens à Taghia est presque une garantie de retour. Le lieu a cette qualité rare de rappeler les grimpeurs encore et encore.

Taghia en hiver, un choix qui change tout

Il faut s’arrêter un instant sur le contexte climatique de cette expédition. Taghia en hiver, c’est une autre planète par rapport aux conditions printanières ou automnales que la plupart des visiteurs cherchent. La neige recouvrait les sommets environnants, les températures descendaient en dessous de zéro, et la météo changeait rapidement — caractéristiques typiques du Haut Atlas dès novembre-décembre.

Pourtant, c’est précisément dans ces conditions que certains grimpeurs trouvent une qualité de rocher différente et une solitude totale sur les parois. Pas d’embouteillage à Ahmed, pas de queue sur les voies mythiques. Juste le calcaire, le vent, et l’équipe.

Personnellement, je comprends l’attrait de ces fenêtres d’hiver même si je les trouve mentalement éprouvantes. Il y a quelque chose d’assez particulier à devoir gérer le froid en plus de la difficulté — les doigts qui perdent en sensibilité, les chaussons moins performants, la motivation qui doit compenser ce que le corps réclame. Ça rend les réussites encore plus concrètes.

Ce que ces deux voies apportent à Taghia

Les gorges de Taghia disposent déjà d’un patrimoine de voies impressionnant, avec des lignes signées par les meilleurs grimpeurs européens depuis les années 1990. Chaque nouvelle ouverture de qualité contribue à renforcer l’attractivité du site pour les cordées internationales.

Club Ahmed et Aske apportent deux choses distinctes :

  • Une voie libérée (Club Ahmed, 8a/260m) immédiatement praticable pour les meilleurs grimpeurs de grandes voies
  • Un projet ouvert (Aske, ~8c/185m) qui va alimenter les rêves de la communauté pour les saisons à venir

C’est exactement le type d’héritage que laisse une expédition bien menée.

Iker Pou ouvre 2 nouvelles voies à Taghia, Maroc — exploit en conditions hivernales

FAQ

Où se trouve exactement Taghia au Maroc ?

Taghia est un paradis secret de l’escalade niché au cœur du Haut Atlas central.

  • Géographie : Ce petit village berbère isolé est situé dans la province d’Azilal. Pour s’y rendre, il faut compter environ 4 à 5 heures de route de montagne depuis Marrakech pour atteindre la fin de la piste carrossable.
  • L’accès : Le village est totalement préservé des voitures. L’accès final se fait uniquement à pied (ou à dos de mule pour les bagages) depuis le village voisin de Zaouïat Ahansal, demandant environ 2 heures de marche le long d’un superbe sentier qui s’enfonce dans les gorges.
Qui est Iker Pou ?

Iker Pou est une véritable légende vivante de l’escalade espagnole et mondiale.

  • Le profil : Originaire du Pays basque, ce grimpeur professionnel de très haut niveau forme avec son frère Eneko le célèbre duo des « Frères Pou ». Il est mondialement connu pour sa polyvalence, brillant aussi bien en bloc qu’en escalade sportive ou en alpinisme.
  • Lien avec Taghia : Tombé amoureux des parois de calcaire orange du Haut Atlas, il fréquente régulièrement les gorges depuis de nombreuses années. Il y a signé plusieurs ouvertures majeures et premières ascensions en libre qui font aujourd’hui figure de références mondiales pour les grimpeurs de l’élite.
Qu’est-ce que la cotation 8c signifie en escalade ?

Le 8c représente l’entrée dans le très haut niveau de l’escalade de performance.

  • Difficulté pure : Dans le système de cotation français, le 8c correspond à un itinéraire extrêmement athlétique, technique et exigeant. Seule une petite minorité de grimpeurs très entraînés dans le monde possède le niveau physique pour enchaîner une telle longueur.
  • Spécificité de la Grande Voie : Réussir un pas de 8c en falaise d’une seule longueur est déjà un exploit. Le réaliser en « grande voie » (au milieu d’une paroi de 300 ou 400 mètres de haut), après plusieurs heures de grimpe, avec la fatigue accumulée et l’engagement psychologique du vide, décuple la difficulté du défi.
Peut-on grimper à Taghia en hiver ?

C’est techniquement possible, mais les conditions s’apparentent alors à de la haute montagne.

  • Le climat hivernal : Situé à près de 1 900 mètres d’altitude au fond de gorges étroites, Taghia subit un hiver rude. Le soleil y est rare, le gel nocturne est systématique et la neige peut rapidement bloquer les sentiers d’accès ou les vires de descente.
  • Le public concerné : Cette période est à éviter pour l’escalade plaisir. Elle attire uniquement une poignée de grimpeurs chevronnés en quête d’une solitude absolue et prêts à affronter des températures glaciales sur le rocher.
  • Les saisons idéales : Pour profiter pleinement du calcaire exceptionnel du cirque, privilégiez le printemps (avril-mai) ou l’automne (septembre-octobre), où les journées sont douces et les conditions d’adhérence optimales.
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