Kristin Harila a atteint le toit du monde ce matin à 8h45, heure népalaise, sans une seule bouteille d’oxygène. Une performance d’autant plus remarquable qu’elle s’inscrit dans une série enchaînée à un rythme hallucinant : le Nuptse (7 861 m) le 17 mai, le Lhotse (8 516 m) le 21 mai, et maintenant l’Everest (8 849 m). En quelques semaines, cette alpiniste norvégienne a transformé ce que beaucoup considéraient comme une limite humaine en simple programme d’entraînement.
Ce dernier jour de fenêtre météo concentrait tous les regards : vent en retrait, ciel voilé, et la menace de chutes de neige planant dès ce soir. Dans ces conditions suspendues entre le possible et l’imprudent, plusieurs cordées ont tenté l’ultime poussée vers le sommet. Certaines l’ont atteint. D’autres, non.
Sommaire
ToggleAscension de l’Everest sans oxygène : deux retraites douloureuses
Les deux autres alpinistes engagés en mode no-O2 n’ont pas eu la même réussite que Harila, et ce n’est pas une question de caractère ou de volonté — c’est le genre de réalité que la montagne impose sans négociation.
Justin Sackett, de l’équipe Tenjing Sherpa, avait pourtant tout calculé. Arrivé au camp 4 quatre heures avant son départ prévu, il avait conditionné sa tentative à une accalmie du vent. Celle-ci est venue. Mais la gastro-entérite qui le minait depuis plusieurs jours avait elle aussi choisi ce moment pour ressurgir. À 8 500 mètres d’altitude, avec un corps déjà épuisé par le manque de calories et la déshydratation, continuer aurait été un pari trop risqué. Son traqueur GPS confirme le demi-tour. Décision sage, même si elle coûte.
Saulius Damulevicius, lui, avait adopté une approche en autonomie complète — sans sherpa, sans oxygène, sans filet. Le Lituanien luttait contre des vents violents depuis plusieurs jours, coincé entre les camps 3 et 4. Ce matin, il a fait demi-tour à environ 8 400 mètres. À ce niveau d’altitude, chaque pas dans le mauvais vent peut basculer en catastrophe. Il est reparti la tête haute, même si les chroniques retiendront surtout le sommet de Harila.
Ce que j’observe dans ces deux retraites, c’est une forme de maturité alpine qu’on ne valorise pas assez. Faire demi-tour à 300 mètres du sommet de l’Everest, sans oxygène, en sachant que la saison est terminée — c’est une des décisions les plus difficiles qu’un alpiniste puisse prendre.

Les groupes guidés atteignent le sommet
Du côté des expéditions commerciales, la journée a été bien plus prolifique. Garrett Madison a signé son 19e sommet de l’Everest, accompagné de son groupe. Un chiffre qui donne le vertige, même pour quelqu’un comme moi qui suit l’actualité alpine depuis des années.
Mingma David Sherpa — également député au Parlement népalais — a lui aussi confirmé son sommet, selon le Tourism Times. On attend encore les nouvelles de l’équipe EliteExped, dirigée par Nirmal Purja et Tejan Gurung.
L’exploit insolite de Gexi Luori
Parmi les faits marquants, l’alpiniste chinois Gexi Luori s’est offert un deuxième sommet de la saison sur l’Everest, après avoir déjà gravi le Lhotse à deux reprises. En moins de dix jours, et sans jamais redescendre sous le camp 4. Le chef d’expédition Chhang Dawa Sherpa n’a pas caché son enthousiasme, qualifiant l’exploit de Luori de performance parmi les plus remarquables jamais réalisées sur un 8 000.
Pour résumer les ascensions confirmées à ce stade :
- ✅ Kristin Harila (sans oxygène) — sommet à 8h45
- ✅ Mingtemba Sherpa et Pasang Dukpa (avec oxygène, cordée Harila)
- ✅ Garrett Madison — 19e sommet
- ✅ Mingma David Sherpa
- ✅ Gexi Luori — 2e sommet de la saison
- ❌ Justin Sackett — demi-tour à 8 500 m
- ❌ Saulius Damulevicius — demi-tour à 8 400 m
- ❌ Povilas Lengvinas et son sherpa
Des alpinistes malades au camp 4
Dan Mazur, chef d’expédition, a partagé des nouvelles plus inquiétantes dans la nuit. Deux membres de son équipe — un alpiniste et un sherpa — ne se sentaient pas bien en milieu de nuit et sont redescendus dans l’obscurité jusqu’au Col Sud. Ils s’y reposent en sécurité pour l’instant, mais la situation demande une évacuation rapide.
Ce détail n’est pas anodin. Le versant supérieur de l’Everest est désormais pratiquement désert, et les équipes de fixeurs pourraient démonter les cordes traversant la cascade de glace dans les deux prochains jours. Rester trop longtemps là-haut sans infrastructure ni secours disponibles, c’est s’exposer à un isolement dangereux. Povilas Lengvinas et son sherpa ont eux aussi rebroussé chemin sans atteindre le sommet.
L’attente autour de Karl Egloff et Nico Miranda
On attend également des nouvelles du coureur de FKT Karl Egloff et de son partenaire d’escalade Nico Miranda. Egloff est connu pour ses records de vitesse en altitude — notamment son FKT sur le Denali et plusieurs sommets andins. S’il tente quelque chose sur l’Everest en ce dernier créneau météo, ce sera à surveiller de très près. L’absence de confirmation à cette heure laisse la question ouverte.
Ce que cette saison dit de l’alpinisme en 2026
Il y a quelque chose de fascinant — et parfois d’un peu vertigineux — dans la manière dont la saison printanière sur l’Everest s’est déroulée cette année. D’un côté, des performances en no-oxygen comme celle de Kristin Harila repoussent les frontières de ce qu’on croyait possible. De l’autre, les décisions de retraite de Sackett et Damulevicius rappellent que la montagne reste souveraine.
Je suis cette saison depuis le camp de base avec les yeux rivés sur les traqueurs GPS et les bulletins météo. Ce qui me frappe, c’est le contraste entre la rapidité des grimpeurs d’élite — Harila enchaîne trois sommets himalayens en moins de deux semaines — et les alpinistes en autonomie complète qui passent parfois cinq à six jours à attendre une fenêtre entre deux camps. Ce sont deux Everest différents, pratiqués sur la même montagne, avec des philosophies opposées.
L’alpinisme sans oxygène gagne en légitimité médiatique, mais il reste minoritaire dans les chiffres réels. La grande majorité des 600 à 800 personnes qui tentent l’Everest chaque saison utilisent l’oxygène supplémentaire. Et c’est tout à fait normal.
FAQ
Kristin Harila a-t-elle utilisé de l’oxygène pour gravir l’Everest cette saison ?
Non, l’alpiniste norvégienne a signé un exploit majeur en se passant d’assistance respiratoire artificielle.
- L’ascension de l’Everest : Elle a atteint le toit du monde ce matin même en style pur, sans aucune bouteille d’oxygène supplémentaire. Pour des raisons de sécurité et de logistique, ses compagnons de cordée Mingtemba Sherpa et Pasang Dukpa étaient quant à eux équipés d’oxygène de rechange.
- Le doublé avec le Nuptse : Cette réussite confirme sa forme exceptionnelle puisqu’elle avait déjà gravi avec succès le sommet voisin du Nuptse (7 861 m) le 17 mai dernier, également sans la moindre utilisation d’oxygène en bouteille.
Pourquoi Justin Sackett a-t-il fait demi-tour à 8 500 mètres ?
Une défaillance physique à cette altitude critique rend la progression mortelle.
- La cause médicale : L’alpiniste américain souffrait d’une gastro-entérite persistante qui avait déjà sévèrement entamé ses réserves d’énergie et ses capacités d’hydratation avant même son départ du Camp IV.
- La décision : À 8 500 mètres, en pleine « zone de la mort », le manque d’oxygène empêche l’organisme de récupérer ou de compenser une infection. Sackett a pris la décision lucide de faire demi-tour de manière préventive pour éviter une défaillance cardiaque ou un œdème qui aurait rendu tout sauvetage impossible.
La saison Everest 2026 est-elle terminée ?
Oui, la fermeture du versant sud de la montagne est désormais imminente.
- La météo : La dernière fenêtre de beau temps de ce mois de mai 2026 vient de se refermer définitivement. D’importantes chutes de neige et une dégradation majeure des conditions de vent sont attendues dès ce soir sur l’ensemble du massif.
- Le démontage de la voie : Les équipes de Icefall Doctors s’apprêtent à déséquiper la redoutable cascade de glace du Khumbu (Khumbu Icefall). Les échelles et les cordes fixes reliant le camp de base aux camps supérieurs seront intégralement démontées dans les prochaines 48 heures, marquant la fin officielle des expéditions de printemps.
Qu’est-ce qu’un record FKT en alpinisme ?
Le FKT est l’équivalent d’un record de vitesse absolu appliqué aux sports de nature et de montagne.
- La définition : L’acronyme signifie Fastest Known Time (Temps le Plus Rapide Connu). Il s’agit du chrono de référence établi sur un tracé précis, comme la montée et la descente d’un sommet depuis son camp de base, mesuré à la seconde près.
- La référence : L’athlète helvético-équatorien Karl Egloff s’est imposé comme l’un des maîtres incontestés de la discipline à travers la planète, détenant plusieurs records de vitesse vertigineux sur les plus hauts sommets de la Terre (notamment l’Aconcagua et le Kilimandjaro) grâce à des capacités de course à pied exceptionnelles en altitude.
À propos de Esteban
Je m'appelle Esteban, passionné de trekking et amoureux de la haute montagne depuis toujours. Chaque sommet représente pour moi bien plus qu’un défi physique : c’est une aventure humaine, une quête de liberté et une connexion profonde avec la nature. Des sentiers escarpés des Alpes aux grandes expéditions en altitude, je recherche l’authenticité, le dépassement de soi et les paysages qui coupent le souffle.
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En Alpinisme, la base c'est la question : "Est-ce que je peux mourir parce que je n'aurais pas emmené ce…
Tout à fait !
Incroyable la tentative du japonais Yuichiro Miura. Descendre en parachute, fallait y penser 😂😂
1 message sur “Kristin Harila au sommet de l’Everest sans oxygène”
impressionnante cette norvégienne