L’ascension du Gangapurna ouest occupe cet automne toutes les conversations dans le petit monde de l’alpinisme himalayen. Deux Japonais, Hidesuke Taneishi et Tetsu Hashimoto, s’apprêtent à tenter la première ascension de ce sommet de 7 140 mètres niché dans le massif de l’Annapurna, entre l’Annapurna I et l’Annapurna III. Je suis ces expéditions depuis des années, et rares sont les sommets qui résistent aussi longtemps à des alpinistes de ce calibre.
Le Gangapurna ouest, aussi appelé pic Lachenal en hommage au pionnier français Louis Lachenal, a déjà repoussé trois tentatives sérieuses depuis son ouverture en 2014. Autant dire que cette nouvelle course vers le sommet vierge mérite qu’on s’y attarde, autant pour comprendre l’histoire de la montagne que pour cerner ce qui pousse deux hommes à s’attaquer à l’un des derniers grands problèmes non résolus de l’Himalaya.
Sommaire
ToggleLe Gangapurna ouest, un sommet vierge de 7 140 m au cœur de l’Annapurna
Le nom peut prêter à confusion, alors autant clarifier tout de suite. Le Gangapurna ouest n’est pas le Gangapurna lui-même, ce géant de 7 455 mètres gravi pour la première fois en 1965 par une expédition allemande. Il s’agit de son épaulement occidental, une antécime indépendante qui culmine à 7 140 mètres et qui, malgré son altitude respectable, n’a jamais vu passer un être humain sur son point culminant.
Le gouvernement népalais a ouvert la montagne aux expéditions en 2014, et l’a rebaptisée pic Lachenal, en référence à Louis Lachenal, l’un des deux Français qui ont réalisé la première ascension de l’Annapurna I en 1950, aux côtés de Maurice Herzog. Un clin d’œil historique fort, pour une montagne qui s’est révélée bien plus coriace qu’elle n’y paraît sur le papier.
Une histoire de tentatives avortées
Ce qui rend ce sommet si particulier, c’est justement sa résistance. En 2016, une cordée sud-coréenne emmenée par Kim Chang-ho s’est approchée à moins de cent mètres du sommet par la face sud, avant de faire demi-tour faute de temps et d’un coéquipier resté en arrière. L’année suivante, les Italiens Simon Messner et Philipp Pruenster ont tenté leur chance par la face nord. Une avalanche a emporté leur tente à 6 200 mètres, les forçant à abandonner l’expédition dans des conditions particulièrement rudes. Une équipe américaine a également essayé la voie coréenne en 2019, sans plus de succès. Trois tentatives, trois échecs. Voilà le contexte dans lequel Taneishi et Hashimoto posent aujourd’hui leur sac à Manang.
Qui sont Hidesuke Taneishi et Tetsu Hashimoto
Hidesuke Taneishi n’est pas un inconnu dans le petit cercle de l’alpinisme d’exploration. L’année dernière, il a été nominé pour un Piolet d’or après avoir réalisé, avec son compagnon de cordée, la première ascension du pic Pholesobi (6 652 m), une autre montagne népalaise, en ouvrant une voie directe sur sa face nord, réputée vertigineuse. Ce genre de palmarès n’arrive jamais par hasard : il traduit une méthode, une manière de choisir des objectifs exigeants, techniques, et surtout authentiquement inexplorés.
Tetsu Hashimoto complète cette cordée avec un profil tout aussi engagé dans l’alpinisme léger et rapide, cette philosophie qui consiste à grimper vite, avec un minimum de matériel, plutôt que d’installer des camps fixes et des cordes en continu sur la paroi. C’est cette approche qui, historiquement, a fait la réputation des expéditions japonaises modernes dans l’Himalaya.
Ce que je retiens de ce genre d’expédition
J’ai suivi de près plusieurs tentatives similaires ces dernières années, et il y a un point commun qui me frappe à chaque fois : la différence entre gravir un sommet déjà documenté et se lancer sur une montagne dont personne ne connaît vraiment la difficulté réelle. Sur un 8 000 classique, on sait à peu près où se trouvent les crevasses, les zones dangereuses, les bons créneaux météo. Sur le Gangapurna ouest, chaque cordée écrit sa propre carte au fur et à mesure qu’elle progresse. C’est précisément ce qui rend ce type d’ascension aussi excitant à suivre, et aussi risqué à mener.

Pourquoi cette ascension change la donne pour l’alpinisme himalayen
Un sommet vierge de plus de 7 000 mètres, ça ne court plus les massifs. La plupart des grandes montagnes népalaises ont été gravies depuis des décennies, et il ne reste qu’une poignée d’objectifs de cette envergure encore inviolés, souvent parce qu’ils combinent altitude, difficulté technique et accès compliqué. Le Gangapurna ouest coche toutes ces cases.
Voici les éléments clés à retenir sur cette montagne et sur l’enjeu de cette expédition :
- Altitude : 7 140 mètres, un seuil qui impose déjà une acclimatation sérieuse et une gestion rigoureuse de l’effort en haute altitude
- Statut : sommet toujours vierge malgré trois tentatives documentées depuis 2016
- Localisation : massif de l’Annapurna, sur la crête reliant l’Annapurna I et l’Annapurna III
- Nom officiel : pic Lachenal depuis 2014, en hommage à l’alpiniste français Louis Lachenal
- Voies tentées : face sud (Corée du Sud, 2016), face nord (Italie, 2017), voie sud-est (États-Unis, 2019)
- Style privilégié : alpinisme léger, sans oxygène ni cordes fixes sur l’ensemble de l’itinéraire
Ce type de projet attire forcément l’attention des passionnés de haute montagne, parce qu’il réunit tous les ingrédients d’une belle histoire d’alpinisme : l’incertitude du terrain, le poids de l’histoire du massif, et deux grimpeurs capables de transformer une tentative en réussite.
Ce que je retiens de cette course vers le sommet
Ayant échangé plusieurs fois avec des grimpeurs qui reviennent de ce genre d’expédition, je peux dire une chose : le plus dur n’est presque jamais la difficulté technique pure, mais la gestion mentale de l’inconnu. Quand on grimpe une voie déjà ouverte, on sait qu’un passage est faisable puisque quelqu’un l’a fait avant. Sur une première, chaque longueur peut se révéler infranchissable, et il faut savoir renoncer au bon moment, comme l’ont fait les Coréens en 2016, à cent mètres du but. C’est une forme de sagesse que beaucoup de grimpeurs plus jeunes n’ont pas encore acquise, et c’est justement ce qui distingue les alpinistes qui durent dans ce milieu de ceux qui prennent des risques disproportionnés.
Pour ceux qui veulent suivre ce type d’expédition en temps réel, je recommande de garder un œil sur les rapports publiés par l’American Alpine Journal, qui documente historiquement ce genre de tentative avec un luxe de détails techniques précieux pour comprendre les choix d’itinéraire.
Si le sujet des sommets vierges de l’Himalaya vous intéresse, je vous invite aussi à consulter notre article sur les grandes premières ascensions encore à réaliser au Népal, qui recense les objectifs les plus convoités du moment par la communauté internationale.
FAQ
Le Gangapurna ouest a-t-il déjà été gravi ?
Non, à ce jour, ce sommet de 7 140 mètres reste vierge. Trois tentatives sérieuses ont échoué depuis l’ouverture de la montagne en 2014, la plus proche du succès étant celle de la cordée sud-coréenne de 2016, stoppée à une centaine de mètres du sommet.
Pourquoi le Gangapurna ouest s’appelle-t-il aussi pic Lachenal ?
Le gouvernement népalais a renommé la montagne en 2014 en hommage à Louis Lachenal, l’un des deux pionniers français, avec Maurice Herzog, de la première ascension de l’Annapurna I en 1950, considérée comme la première conquête réussie d’un sommet de plus de 8 000 mètres.
Quelle est la différence entre le Gangapurna et le Gangapurna ouest ?
Le Gangapurna culmine à 7 455 mètres et a été gravi dès 1965. Le Gangapurna ouest est une antécime distincte, plus basse de 315 mètres, mais qui n’a jamais été atteinte malgré plusieurs tentatives depuis dix ans.
Quel style d’ascension privilégient les alpinistes japonais sur ce type de sommet ?
La plupart des expéditions japonaises modernes, y compris celle de Taneishi et Hashimoto, privilégient l’alpinisme léger et rapide, sans oxygène supplémentaire ni cordes fixes sur l’ensemble du parcours, une philosophie qui mise sur la vitesse et l’autonomie plutôt que sur le déploiement de camps successifs.
À propos de OutWild
Salut, moi c’est Karim Akachar. Alpiniste et himalayiste passionné, fondateur du média Outwild, je pratique l’alpinisme en solo ou en binôme, principalement en style alpin. À travers mes expéditions, je partage des récits de terrain, des conseils techniques et mon expérience de la montagne, avec l’envie de transmettre les valeurs d’autonomie, d’engagement et de respect du milieu alpin.
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Tout à fait !
Incroyable la tentative du japonais Yuichiro Miura. Descendre en parachute, fallait y penser 😂😂