Le trek du Manaslu vient de rouvrir, mais pas dans les conditions qu’on aimerait vous vendre sur une brochure glacée. Après la crue soudaine qui a emporté le pont suspendu de la rivière Therang dans la nuit du 6 septembre 2026, ce sont les habitants de la municipalité rurale de Chumanuwri, dans le district de Gorkha, qui ont pris les choses en main. En quelques jours, ils ont monté un pont provisoire en rondins et planches, et rouvert un vieux sentier oublié pour reconnecter le tronçon coupé à la route principale. Officiellement, c’est repassable. Officieusement, les autorités locales continuent de conseiller aux randonneurs de reporter leur départ, et franchement, après avoir vu ce genre de bricolage en montagne, je comprends pourquoi.
Je vous raconte ici ce qu’on sait vraiment de la situation, ce que ce détour implique concrètement sur le terrain, et surtout comment décider si vous devez partir maintenant, patienter deux semaines, ou carrément revoir votre itinéraire.
Sommaire
ToggleCe qui s’est passé sur le sentier du Manaslu
Tout est parti d’une nuit de mousson particulièrement violente. Dans les premières heures du 6 septembre, une crue éclair a dévalé la vallée de la Budhi Gandaki et du Therang Khola, près du village de Namrung, en plein cœur de la zone de conservation du Manaslu. La rivière en furie a emporté la principale passerelle suspendue sur la Budhi Gandaki, ainsi que deux petites centrales hydroélectriques et plusieurs habitations du village. Un second pont, sur la rivière Surang, a lui aussi cédé au même moment, tandis qu’un tronçon de route s’effondrait plus bas, à Suksum, à cause d’un glissement de terrain.
Face à l’ampleur des dégâts, le district de Gorkha a suspendu l’accès au Manaslu Circuit et au col du Larkya La dans la foulée, une décision relayée le jour même par le bureau administratif du district. Ce n’était pas une simple précaution isolée : le Manaslu Conservation Area Project, l’organisme qui délivre les permis de trek dans la région, a publié sa propre alerte demandant aux trekkeurs de reporter leurs projets. Deux institutions différentes, le même message. Ça donne le ton.
Ce qui complique un peu la lecture de l’actualité, c’est que cette crue est survenue moins de deux semaines après les inondations catastrophiques de Rasuwa, largement médiatisées à l’international. Il s’agit pourtant de deux événements totalement distincts, dans deux vallées différentes, et contrairement à Rasuwa, l’épisode du Manaslu n’a pas été provoqué par la rupture d’un lac glaciaire, mais par des pluies torrentielles classiques de fin de mousson.
Un pont de fortune, littéralement
C’est là que l’histoire devient intéressante, et un peu inquiétante selon le point de vue. Plutôt que d’attendre une intervention officielle qui aurait pu prendre des semaines, les habitants de Chumanuwri ont construit eux-mêmes une passerelle temporaire en bois au niveau de Namrung. Selon Pema Gyalpo Lama, chef de quartier de la municipalité rurale de Chumanuwri-4, le pont suspendu de Therang avait été emporté dès le dimanche, et celui de Suksum a subi le même sort à cause de la crue de la Budhi Gandaki. La circulation a été rétablie en creusant un accès alternatif du côté de Suksum, et en installant cette fameuse structure de bois à Therang.
On parle ici d’une construction rudimentaire, pensée pour un usage local et non pour absorber le passage répété de groupes de trekkeurs chargés de sacs de 15 kilos. Les habitants en ont besoin au quotidien pour rejoindre une vallée voisine, ce qui explique la rapidité de l’intervention, mais ça ne veut pas dire que la structure est dimensionnée pour de la randonnée touristique intensive.
Pourquoi la prudence reste de mise
Voilà le point que beaucoup d’articles occultent : rouvert ne veut pas dire sécurisé. Le sentier est de nouveau praticable, mais l’avis de sécurité émis après les crues n’a jamais été levé. Deux raisons expliquent cette prudence persistante.
D’abord, la météo. De nouvelles pluies sont annoncées dans les jours qui viennent sur le nord du Gorkha, et un sol déjà saturé après plusieurs semaines de mousson réagit beaucoup plus vite à une nouvelle averse. Ensuite, la nature même de l’ouvrage : un pont en rondins assemblés à la hâte ne résistera probablement pas à une seconde crue, même modérée. Si la Therang venait à monter de nouveau, le scénario du 6 septembre pourrait littéralement se reproduire à l’identique.
Sur le terrain, plusieurs agences locales estiment qu’une réouverture officielle et durable, avec reconstruction d’un vrai pont, ne devrait pas intervenir avant fin septembre au plus tôt, et cette date reste indicative. Le message qui revient sans cesse chez les opérateurs : ne traversez jamais seul un cours d’eau instable ou une structure de fortune, même si elle « tient » depuis quelques jours.
Ce que ça change concrètement pour votre itinéraire
Si vous aviez prévu un départ dans les prochaines semaines, voici les points à vérifier avant de faire quoi que ce soit :
- Confirmez le statut du permis MCAP directement auprès de votre agence, la situation évolue presque au jour le jour.
- Vérifiez l’état du tronçon Namrung-Therang-Suksum spécifiquement, c’est le seul segment réellement touché sur tout le circuit.
- Gardez une marge de 3 à 5 jours dans votre planning avant le départ, le temps que la situation se stabilise ou non.
- Renseignez-vous sur le col du Larkya La, suspendu en même temps que le circuit principal et soumis aux mêmes restrictions.
- Anticipez un itinéraire de repli vers la vallée de Tsum ou la région de Langtang si le Manaslu reste fermé plus longtemps que prévu.
Ce dernier point mérite d’être creusé, parce que beaucoup de trekkeurs paniquent à tort en pensant que toute la région est bloquée.
Les alternatives si le Manaslu reste fermé
Bonne nouvelle au milieu de cette actualité tendue : la destination Manaslu dans son ensemble, y compris la vallée de Tsum et le secteur de Nubri, reste considérée comme sûre en dehors du tronçon endommagé. Le problème est localisé, pas généralisé. Si votre agence vous propose de décaler votre trek vers la région de Langtang ou du côté d’Helambu, c’est une option tout à fait crédible cette saison, plusieurs opérateurs recommandant justement cette combinaison en attendant la stabilisation du secteur de Namrung.
Pour l’accès routier, un autre point de vigilance concerne l’axe Malekhu-Dhadingbesi, coupé après l’effondrement d’un pont, avec un itinéraire de contournement via Benighat-Arughat recommandé pour rejoindre Machha Khola et Jagat, les points de départ classiques du trek.
Mon avis de trekkeur sur ce genre de réouverture « officieuse »
Je vais être direct avec vous : j’ai déjà traversé ce type de pont provisoire ailleurs dans l’Himalaya, notamment sur un tronçon secondaire près de la vallée du Khumbu après une saison de mousson particulièrement humide, et l’expérience m’a appris une chose. Ce n’est pas parce qu’un village a rouvert un accès pour ses propres besoins que cet accès est calibré pour l’afflux touristique. Les habitants n’ont pas le luxe d’attendre, ils doivent circuler, commercer, rejoindre leurs terres. Nous, on a ce luxe.
Mon conseil, et je le donne à chaque fois qu’on me pose la question sur un désastre similaire : ne soyez jamais le premier groupe à tester une structure de ce genre. Laissez passer une ou deux semaines, laissez les guides locaux et les porteurs valider le passage au quotidien, et ne partez que lorsque votre agence confirme un avis de sécurité levé, pas juste une route « techniquement » rouverte. La nuance est minuscule sur le papier, elle est énorme sur le terrain.
Un équipement pensé pour ce genre d’imprévu
Si malgré tout vous maintenez votre trek dans les prochaines semaines, quelques ajustements d’équipement valent le coup. Des bâtons de randonnée télescopiques deviennent presque obligatoires pour stabiliser une traversée sur bois humide, et des chaussures avec une bonne accroche sur surface mouillée font une vraie différence par rapport à un modèle purement conçu pour le sentier sec. Pensez aussi à des guêtres légères, utiles autant pour la boue résiduelle que pour les passages où le sentier a été fraîchement rouvert à la pioche.
FAQ sur le trek du Manaslu et la situation actuelle
Le trek du Manaslu est-il ouvert en ce moment ? Oui, un accès temporaire existe grâce à un pont de fortune construit par les habitants de Chumanuwri, mais l’avis de sécurité officiel n’a pas été levé et les autorités recommandent toujours de reporter les départs.
Qu’est-ce qui a provoqué la fermeture initiale ? Une crue éclair survenue dans la nuit du 6 septembre 2026 a emporté les ponts suspendus sur la Budhi Gandaki et la rivière Therang, près du village de Namrung, dans le district de Gorkha.
Le col du Larkya La est-il concerné par la fermeture ? Oui, il a été suspendu en même temps que le circuit principal du Manaslu et reste soumis aux mêmes recommandations de prudence.
Existe-t-il une alternative si je dois annuler mon trek au Manaslu ? Les régions de Tsum Valley, Langtang et Helambu restent accessibles et sûres cette saison, et constituent une alternative solide en attendant la reconstruction d’un pont permanent à Therang.
À propos de Simon Schillaci
Passionné de trek, de randonnée et de nature sauvage, je partage mes aventures outdoor à travers les montagnes, les sentiers et les grands espaces. Entre exploration, voyage et dépassement de soi, je vis chaque expédition comme une nouvelle découverte du monde naturel.
Voir tous les articles de Simon SchillaciRelated posts
Comment la technologie transforme les activités outdoor au Maroc
Comment les voyageurs peuvent obtenir une connexion internet fiable en France
Gangapurna ouest 7 140 m, l’ascension ultime vers le dernier sommet vierge du Népal
Charles Dubouloz et le solo hivernal : plongée dans la trilogie la plus intense de l’alpinisme français
Une team Russe tente le style alpin sur le Makalu au Népal
Manaslu 2026 : alerte sur le pont provisoire du sentier
Record d’alpinistes pour le Mont Manaslu au Népal cette année
Trekking avec chien : 7 conseils essentiels pour partir sereinement
Moniteur d’escalade : un métier qui recrute, comment s’y former ?
Manaslu automne 2026 : 5 signes d’une saison qui s’annonce déjà à part
Alpiniste coincé dans les Dolomites : le sauvetage spectaculaire de 5 heures au Campanile di Val Montanaia
Broad Peak : sept décennies de décès sur la 12e plus haute montagne du monde
Derniers articles
Derniers commentaires
En Alpinisme, la base c'est la question : "Est-ce que je peux mourir parce que je n'aurais pas emmené ce…
Tout à fait !
Incroyable la tentative du japonais Yuichiro Miura. Descendre en parachute, fallait y penser 😂😂