Ce record d’alpinistes Manaslu, je ne m’y attendais pas cette année, même en connaissant bien l’engouement grandissant pour ce sommet népalais. 422 permis étrangers ont été délivrés cette saison, un chiffre qui bat tous les compteurs précédents, et qui ne prend même pas en compte l’armée de guides, cuisiniers et porteurs qui grouille actuellement entre le camp de base et les pentes enneigées de la montagne. Pendant que tout ce petit monde patiente, les équipes de fixation de cordes avancent, elles, centimètre par centimètre vers le sommet.
Si vous suivez l’actualité himalayenne, vous savez que le Manaslu est devenu ces dernières années une sorte de répétition générale avant l’Everest. Moins cher, légèrement moins haut, mais tout aussi capricieux question météo. Et cette saison 2026 en est la preuve parfaite.
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ToggleUn camp de base qui ressemble à un petit village
Je me souviens de ma première visite au camp de base du Manaslu, il y a quelques années : une poignée de tentes colorées plantées sur la moraine, un silence presque religieux entre deux rafales de vent. Ce n’est clairly plus le cas aujourd’hui. Avec des milliers de tentes installées, le camp de base du Manaslu est officiellement devenu le deuxième plus grand campement d’altitude du Népal, juste derrière celui de l’Everest.
Cette croissance n’a rien d’un hasard. Le Manaslu, culminant à 8 163 mètres, appartient au cercle très fermé des quatorze sommets de plus de 8 000 mètres, mais il reste, comparé à ses cousins himalayens, relativement accessible sur le plan technique. Pour un grimpeur sous oxygène, une seule rotation au-dessus du camp 1 suffit généralement avant de tenter le sommet, alors que d’autres géants exigent un acclimatement bien plus long et coûteux.
Les 700 mètres supplémentaires qui séparent le Manaslu de l’Everest changent en réalité toute la logique d’une expédition. Moins d’altitude, c’est moins de jours passés en haute montagne, moins de bouteilles d’oxygène à transporter, et donc un budget global nettement plus digeste pour les candidats à l’ascension.
Pourquoi autant de monde cette année
Plusieurs facteurs expliquent cette affluence inédite. D’abord, la démocratisation progressive de l’alpinisme d’altitude, portée par des agences qui proposent désormais des formules commerciales très encadrées. Ensuite, la réputation du Manaslu comme « porte d’entrée » idéale vers les 8 000 mètres continue de faire son chemin dans la communauté des grimpeurs. Enfin, difficile de nier l’effet réseaux sociaux : chaque saison, les images du sommet enneigé et des drapeaux de prières flottant à 8 000 mètres attirent un peu plus de candidats.
La route technique vers le camp 3 est enfin prête
C’est la nouvelle qui fait bouger les lignes cette semaine. Selon Rishi Ram Bhandari, secrétaire de l’Association des opérateurs d’expédition du Népal (EOAN), l’équipe de sherpas chargée de l’installation des cordes fixes a atteint le camp 3. Une étape loin d’être anodine, puisqu’elle signifie que la section la plus délicate de l’itinéraire, la fameuse zone de séracs située entre les camps 1 et 2, est désormais équipée et praticable.
Cette portion glaciaire est redoutée de tous les habitués du Manaslu. Les séracs, ces blocs de glace instables suspendus au-dessus du passage, peuvent s’effondrer sans prévenir, et chaque saison, les grimpeurs expérimentés retiennent leur souffle en la traversant. Savoir qu’elle est balisée et équipée rassure autant les alpinistes que les opérateurs sur le terrain.
Concrètement, atteindre le camp 3 permet aux équipes commerciales d’organiser leur première rotation d’acclimatation, souvent la dernière avant la tentative finale. C’est un moment charnière dans toute expédition : le corps commence à s’habituer à l’altitude, le matériel est testé en conditions réelles, et chacun jauge ses réserves d’énergie pour la suite.
« Maintenant que la voie est ouverte jusqu’au camp 3, les opérateurs peuvent prendre les dispositions nécessaires pour acheminer leurs alpinistes et leur matériel vers les camps », a confié Bhandari à Everest News. Sur le terrain, cela se traduit par un ballet logistique impressionnant : nourriture, bouteilles de gaz, réserves d’oxygène et équipements techniques remontent jour après jour vers les camps d’altitude.
Pourquoi la neige fraîche bloque tout pour l’instant
Voilà le hic. Malgré cette avancée technique, personne ne devrait tenter le sommet dans l’immédiat. La montagne croule littéralement sous une neige fraîche abondante, conséquence d’une semaine entière de précipitations quasi continues. Et ce n’est pas qu’un problème d’altitude : en aval, les rivières népalaises connaissent des inondations sérieuses, un rappel brutal que la météo himalayenne ne joue jamais en solo, elle impacte toute une région.
Cette surcharge de neige augmente mécaniquement le risque d’avalanche sur les pentes du Manaslu, en particulier dans les zones exposées entre les camps intermédiaires. C’est le genre de situation où la patience devient la seule stratégie raisonnable, même pour les grimpeurs les plus pressés.
Hier encore, il pleuvait directement au camp de base, comme l’a rapporté le 7 Summits Club sur le terrain. Une pluie à cette altitude, ce n’est jamais bon signe : elle traduit une instabilité atmosphérique qui peut basculer vers des chutes de neige massives en quelques heures à peine plus haut sur la montagne.
Ce que ça change concrètement pour les grimpeurs
Voici les principaux effets de cette météo capricieuse sur le déroulement de la saison :
- Report des rotations d’acclimatation pour de nombreuses équipes, le temps que la neige se stabilise
- Risque avalancheux accru sur les pentes exposées, notamment entre les camps 2 et 3
- Files d’attente potentielles au moment où la fenêtre météo s’ouvrira enfin, tout le monde voulant grimper en même temps
- Stress logistique pour les agences, qui doivent réajuster en permanence leurs plannings de ravitaillement
- Tension psychologique pour les grimpeurs, coincés entre l’envie de foncer et la nécessité d’attendre
Je valide totalement la prudence affichée par les équipes locales sur ce point. Avoir grimpé dans des conditions de neige instable, je sais à quel point le doute s’installe vite : chaque pas devient une question, chaque bruit sourd sous les crampons fait tourner la tête vers le sommet, guettant le moindre signe de mouvement.
Une fenêtre sommitale attendue autour du 19 et 20 septembre
Selon les informations communiquées par Bhandari, les équipes chargées de l’équipement des cordes prévoient de finaliser leur travail jusqu’au sommet aux alentours du 19 ou 20 septembre. Cette date sert généralement de point de référence pour l’ensemble des opérateurs présents sur la montagne : elle marque le moment où la voie complète, du camp de base jusqu’au sommet, devient officiellement praticable en toute sécurité relative.
Dans la pratique, cela ne signifie pas que tout le monde se précipitera immédiatement. Les guides expérimentés attendent en général une fenêtre météo stable de deux à trois jours consécutifs avant de lancer leurs cordées vers le sommet. Avec 422 étrangers sur la montagne, sans compter le personnel local, cette fenêtre risque d’être particulièrement disputée, un peu comme sur l’Everest où les fameux embouteillages en altitude font régulièrement la une.
Mon avis sur cette saison hors norme au Manaslu
Après avoir suivi plusieurs saisons himalayennes de près, je trouve que ce record d’inscriptions au Manaslu raconte quelque chose d’assez révélateur sur l’évolution de l’alpinisme commercial. On assiste à une professionnalisation massive du secteur, portée par des agences toujours plus structurées, capables d’absorber un afflux de clients qui aurait semblé ingérable il y a dix ans.
Mais cette affluence pose aussi des questions légitimes. Que se passe-t-il si la fenêtre météo du 19-20 septembre se referme trop vite, avec plusieurs centaines de personnes voulant grimper en même temps ? La zone des séracs, déjà fragile, supportera-t-elle un passage aussi massif et répété ? Ce sont des interrogations que je garde en tête à chaque saison, et le Manaslu 2026 ne fera probablement pas exception.
Ce que je retiens surtout, c’est la résilience des équipes népalaises. Grimper jusqu’au camp 3 pour équiper une zone de séracs sous une neige aussi capricieuse relève d’un savoir-faire impressionnant, souvent trop peu mis en avant face aux performances des clients occidentaux qu’ils accompagnent.
Questions fréquentes sur l’ascension du Manaslu 2026
Combien de permis d’ascension ont été délivrés cette saison sur le Manaslu ? La saison en cours a établi un nouveau record avec 422 permis délivrés à des grimpeurs étrangers, un chiffre auquel s’ajoute un nombre plus élevé encore de personnel local présent sur la montagne.
Pourquoi les cordes fixes ne sont-elles pas encore installées jusqu’au sommet ? La montagne a reçu une importante quantité de neige fraîche après une semaine de précipitations continues, augmentant le risque d’avalanche et retardant la progression des équipes chargées d’équiper la voie.
Quand les premières tentatives de sommet sont-elles attendues ? Selon l’EOAN, la voie complète devrait être équipée aux alentours du 19 ou 20 septembre, ce qui ouvrira potentiellement la première véritable fenêtre sommitale de la saison.
Le Manaslu est-il plus facile à gravir que l’Everest ? Il est légèrement moins haut et nécessite souvent une seule rotation d’acclimatation pour les grimpeurs sous oxygène, mais il reste un sommet de plus de 8 000 mètres exigeant, avec des passages techniques comme la zone de séracs entre les camps 1 et 2.
À propos de Simon Schillaci
Passionné de trek, de randonnée et de nature sauvage, je partage mes aventures outdoor à travers les montagnes, les sentiers et les grands espaces. Entre exploration, voyage et dépassement de soi, je vis chaque expédition comme une nouvelle découverte du monde naturel.
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