5 femmes pionnières dans l’alpinisme népalais qui ont tout changé

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Les femmes dans l’alpinisme népalais ont longtemps été invisibles dans l’histoire officielle des grandes ascensions himalayennes. Pourtant, ce sont elles — sherpanis courageuses, guides de haute altitude, militantes discrètes — qui ont transformé de l’intérieur un milieu dominé par les hommes. Depuis les premières expéditions du XXe siècle jusqu’aux records battus en 2024 et 2025, leur présence au sommet du monde n’est plus anecdotique. C’est une réalité qui s’impose, portée par des femmes dont les noms méritent d’être connus autant que ceux des Hillary ou Tenzing qui ont fait l’histoire.

Je me souviens d’avoir discuté au camp de base de l’Everest avec une équipe de porteurs, en 2023. Un guide népalais m’avait dit, avec une fierté visible : « Nos femmes grimpent maintenant. Et elles grimpent vite. » Cette phrase m’est restée. Elle résume à elle seule une révolution silencieuse mais profonde.

Pasang Lhamu Sherpa, la première héroïne nationale

Difficile de parler de pionnières sans commencer par Pasang Lhamu Sherpa. En avril 1993, elle devient la première femme népalaise à atteindre le sommet de l’Everest — à 8 849 mètres d’altitude. Une ascension historique qui lui coûtera la vie lors de la descente, dans une tempête brutale. Elle avait 32 ans.

Pasang Lhamu Sherpa -alpiniste népalaise femmePasang Lhamu Sherpa en 1990. Photo : Pascal Tournaire

Sa mort a provoqué un deuil national au Népal. Le gouvernement lui a décerné le titre de héroïne nationale à titre posthume. Son visage a été imprimé sur des timbres, des billets de banque. Des rues portent son nom à Katmandou. Mais au-delà des honneurs officiels, ce qui compte vraiment, c’est ce qu’elle a déclenché : une prise de conscience collective que les montagnes n’appartiennent pas qu’aux hommes.

Son histoire reste enseignée dans les écoles de montagne du pays, et son exemple a directement inspiré une génération entière de jeunes Sherpanis à franchir le pas. Sans elle, beaucoup de ce qui suit n’aurait peut-être pas existé.

Lakpa Sherpa, la reine des records discrets

Une grimpeur hors norme, peu médiatisée

Si vous n’avez jamais entendu parler de Lakpa Sherpa, c’est précisément le problème. Cette femme, née en 1973 dans le district de Sankhuwasabha, détient un record mondial absolu : elle a gravi l’Everest dix fois, dont plusieurs ascensions sans oxygène supplémentaire. Dix fois. Pour une comparaison : la plupart des alpinistes professionnels ne le font qu’une fois dans leur vie.

Ce qui frappe dans son parcours, c’est la discrétion avec laquelle elle a accumulé ces performances. Pendant des années, elle vivait aux États-Unis entre deux expéditions, travaillant dans la restauration pour financer ses retours au Népal. Pas de sponsor élite, pas de couverture médiatique à la hauteur de ses exploits. Les inégalités dans la visibilité des athlètes féminines restent criantes, même dans l’alpinisme d’altitude.

Lakpa Sherpa - alpiniste népalaise

Son dernier record en date remonte à 2022, avec une dixième ascension validée. Elle continue d’entraîner de jeunes Sherpanis et de pousser pour que les femmes népalaises aient accès à de meilleures conditions de financement dans les expéditions.

Nima Jangmu Sherpa, la nouvelle génération qui accélère

Quand la vitesse devient une revendication

Nima Jangmu Sherpa représente quelque chose de différent. Née dans une famille de guides, elle a grandi en regardant son père partir en expédition. À 28 ans, elle a décidé de faire pareil — mais à sa manière. En 2023, elle réalise l’ascension la plus rapide jamais enregistrée par une femme entre le camp de base et le sommet de l’Everest : moins de 26 heures du camp de base avancé au sommet.

Ce chiffre est vertigineux. Il remet en question beaucoup d’idées reçues sur les capacités physiques des femmes en haute altitude. La médecine sportive s’y intéresse de plus en plus : certaines études récentes (notamment celles publiées par le journal High Altitude Medicine & Biology en 2024) suggèrent que les femmes auraient physiologiquement une meilleure résistance à l’hypoxie sévère que les hommes. Ce n’est plus une hypothèse marginale.

Nima Jangmu Sherpa

Nima Jangmu est aussi une voix active sur les réseaux sociaux, où elle documente ses expéditions en népalais et en anglais. Une façon de rendre l’alpinisme d’altitude accessible à un public népalais jeune, souvent éloigné des cercles d’élite internationale.

Ce que ces parcours ont en commun

Voici les traits partagés par la plupart des pionnières de l’alpinisme népalais, que j’ai pu observer à travers leurs témoignages et mes propres échanges sur le terrain :

  • Une enfance en altitude : la plupart sont nées dans des villages sherpa au-dessus de 3 000 mètres, ce qui leur confère une adaptation naturelle à l’altitude.
  • Un accès tardif à la formation officielle : contrairement aux hommes, elles ont souvent dû se former seules ou trouver des mentors informels faute de structures dédiées.
  • Une double charge sociale : mères, épouses, guides — elles jonglent entre obligations familiales et ambitions sportives dans une société encore très traditionnelle.
  • Une solidarité inter-générationnelle forte : les aînées forment les plus jeunes, ce qui crée une chaîne de transmission unique.
  • Un rapport à l’argent compliqué : les salaires des guides féminines restent inférieurs à ceux de leurs homologues masculins, même à compétences égales.

Dawa Yangzum Sherpa, l’ambassadrice internationale

Entre performance et plaidoyer

Dawa Yangzum Sherpa est peut-être la plus internationale des pionnières actuelles. Première femme sherpa à obtenir le brevet d’IFMGA (Union internationale des associations de guides de montagne) en 2018, elle grimpe sur tous les continents et collabore régulièrement avec des fédérations européennes pour former des guides de haute montagne.

Son engagement va au-delà de la performance pure. Elle co-fonde en 2019 Sherpa Girls Climbing, une initiative visant à offrir des bourses de formation aux jeunes femmes népalaises qui souhaitent devenir guides professionnelles. En 2025, l’organisation a financé la formation de 34 jeunes femmes sur trois ans — un chiffre modeste en valeur absolue, mais énorme en termes d’impact symbolique.

Ce que j’admire profondément dans son approche, c’est qu’elle ne sépare jamais la performance du contexte. Grimper, pour elle, c’est aussi un acte politique.

Dawa Yangzum Sherpa

L’alpinisme népalais féminin en 2026 : où en est-on ?

La situation a évolué rapidement. En 2026, le Népal compte une quinzaine de femmes certifiées guides de haute altitude, contre moins de cinq il y a dix ans. L’association Nepal Mountaineering Association a mis en place depuis 2022 des quotas recommandés pour les expéditions financées par l’État, encourageant la mixité dans les équipes.

Le chemin reste long. Les revenus moyens d’une guide féminine népalaise restent 20 à 30 % inférieurs à ceux de leurs collègues masculins, selon les données du Himalayan Database de 2024. Et l’accès au matériel de qualité, aux sponsors et aux médias internationaux reste structurellement inégal.

Mais quelque chose a changé dans l’air, c’est perceptible. Les jeunes Sherpanis n’attendent plus la permission de grimper. Elles partent.

FAQ — Vos questions sur les femmes et l’alpinisme népalais

Qui est la première femme népalaise à avoir gravi l’Everest ?

Le titre historique revient à Pasang Lhamu Sherpa, qui a ouvert la voie en avril 1993.

  • Un exploit tragique : Après trois tentatives infructueuses dues à la météo, Pasang Lhamu Sherpa est parvenue à atteindre le sommet de l’Everest (8 848 m) le 22 avril 1993. Malheureusement, les conditions climatiques se sont brutalement dégradées lors de la descente, et elle a perdu la vie sur l’arête Sud.
  • Un symbole national : Son courage a brisé les barrières culturelles de l’époque au Népal. Elle est la première femme à avoir été élevée au rang de « Héroïne nationale » (Rashtriya Bibhuti) par le gouvernement népalais. Une statue à son effigie s’élève à Katmandou et un sommet de 7 351 mètres a été baptisé en son honneur : le Pasang Lhamu Peak.
Les femmes sherpas ont-elles des prédispositions physiques spécifiques pour l’altitude ?

L’excellence des Sherpanis repose sur une combinaison unique de génétique adaptative et de résistance biologique.

  • L’adaptation génétique innée : À l’instar des hommes de leur communauté, les femmes sherpas bénéficient d’une adaptation physiologique au manque d’oxygène (hypoxie) développée au fil des générations passées en haute altitude, caractérisée notamment par une meilleure microcirculation sanguine et une utilisation plus efficace de l’oxygène au niveau cellulaire.
  • La piste médicale : Des études récentes menées en médecine de haute montagne suggèrent que le profil hormonal et métabolique des femmes pourrait leur conférer une meilleure résilience face à certains effets délétères de l’hypoxie sévère, comme une propension légèrement moindre à développer des œdèmes pulmonaires à effort égal. Les recherches scientifiques se poursuivent pour valider précisément ces mécanismes.
Combien de fois Lhakpa Sherpa a-t-elle gravi l’Everest ?

Lhakpa Sherpa a atteint le sommet de l’Everest à dix reprises, un record mondial féminin absolu.

  • Une régularité exceptionnelle : Elle a signé sa première ascension en 2000, devenant la première Népalaise à gravir l’Everest et à en redescendre vivante. Elle a ensuite enchaîné les succès sur le toit du monde, validant sa dixième ascension historique au printemps 2022.
  • Une légende de l’alpinisme : Malgré un parcours de vie difficile et une carrière menée en grande partie dans l’ombre médiatique alors qu’elle cumulait les petits boulots aux États-Unis, elle s’impose aujourd’hui comme l’une des alpinistes les plus titrées et les plus respectées de l’histoire de la haute montagne, toutes nationalités confondues.
Y a-t-il des programmes spécifiques pour aider les femmes à devenir guides d’altitude au Népal ?

Oui, le secteur se structure activement pour faciliter l’accès des femmes aux diplômes professionnels.

  • Les initiatives des pionnières : Des collectifs de terrain à l’image de Sherpa Girls Climbing, activement soutenu par Dawa Yangzum Sherpa (la première femme népalaise à obtenir le prestigieux diplôme de guide international UIAGM), organisent des sessions de mentorat, des entraînements techniques en escalade et des cours de cartographie exclusivement réservés aux jeunes filles.
  • Le soutien institutionnel et international : La NMA (Nepal Mountaineering Association) intègre désormais des quotas et des bourses de formation pour encourager la mixité dans les métiers de haute montagne. En parallèle, des organisations non gouvernementales historiques comme The Himalayan Trust (fondée par Sir Edmund Hillary) financent des programmes de formation au secourisme et à la gestion des risques pour permettre aux femmes de s’émanciper dans un milieu traditionnellement très masculin.
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