L’Everest 2026 démarre officiellement. Mercredi matin, à 10h25, une équipe de 14 alpinistes népalais a atteint le sommet du toit du monde, bouclant ainsi la mission annuelle de fixation des cordes — du camp de base jusqu’aux 8 849 mètres d’altitude. Une étape cruciale, attendue par des centaines d’expéditionnaires massés au camp de base, qui guettaient ce signal de départ avec une impatience croissante.
Ce n’était pourtant pas gagné. La saison a connu des débuts difficiles, marqués par la présence d’un énorme sérac instable suspendu au-dessus de la cascade de glace du Khumbu, l’un des passages les plus redoutés sur la voie classique. Des blocs de glace menaçants, une pression logistique intense, et une horloge qui tournait : les conditions réunies pour un début de saison à hauts risques.
Sommaire
ToggleUne ouverture de voie sous pression
Mingma Sherpa, président de Seven Summit Treks et coordinateur de l’équipe d’ouverture, n’a pas mâché ses mots : « Cette saison a présenté des défis inédits dès le départ. Le retard important causé par la cascade de glace du Khumbu a exercé une pression immense sur l’ensemble des opérations. » Pour contourner le danger, les fameux Icefall Doctors — cette équipe spécialisée chargée de sécuriser la cascade avec échelles et cordes — ont établi un itinéraire alternatif, permettant aux expéditions de reprendre leur progression.
C’est ce genre de décision, prise dans l’urgence et avec sang-froid, qui fait la différence entre une saison sauvée et une saison avortée. En tant qu’alpiniste passionné qui suit de près les saisons himalayennes depuis des années, je peux vous dire que cette coordination entre opérateurs, souvent invisible depuis l’extérieur, est tout aussi héroïque que l’ascension elle-même.
La fixation des cordes est normalement terminée avant le 10 mai. Cette année, elle s’est achevée avec quelques jours de retard — un délai qui, combiné à une fenêtre météo attendue à partir du 17 mai pour environ cinq jours, laisse une marge serrée avant la fermeture traditionnelle du 29 mai.
La fenêtre météo : tout se joue en cinq jours
Gyanendra Shrestha, responsable gouvernemental au camp de base, est formel : la coordination entre expéditions sera déterminante. « Si l’ascension est bien gérée, elle peut être achevée avant le 29 mai », a-t-il précisé. Au-delà de cette date, l’arrivée de la mousson transforme rapidement la montagne en piège : l’eau de fonte envahit le Camp II, la glace devient instable, et le risque d’accidents explose.
Cinq jours de bonne météo. C’est à la fois beaucoup et terriblement peu quand on sait que plus de 1 000 personnes — alpinistes et guides confondus — sont potentiellement en lice pour une tentative cette saison. L’expert Ang Tshiring Sherpa estime qu’on peut gérer environ 200 grimpeurs par jour dans de bonnes conditions. Au-delà, le goulot d’étranglement devient inévitable.
Le spectre de 2019 plane toujours
Le souvenir de la saison 2019 reste gravé dans toutes les mémoires. La photo de Nirmal « Nims » Purja — une interminable file d’alpinistes gelant dans le ressaut Hillary — avait fait le tour du monde, devenant le symbole d’une montagne sur-exploitée. Ce jour-là, le 23 mai 2019, 354 personnes avaient atteint le sommet en une seule journée, selon le Guinness World Records. Trois alpinistes y avaient laissé la vie dans la bousculade.
Suite à cette polémique, la Cour suprême du Népal a ordonné en 2024 au gouvernement de réguler le flux d’expéditionnaires. Mais avec 492 permis délivrés cette saison — un record absolu —, la question de la congestion reste entière.
Des chiffres records qui interrogent
Un record de permis jamais vu
La saison printanière 2026 marque un tournant historique pour le Népal. Jamais autant de permis d’ascension n’avaient été accordés pour l’Everest : 492, contre 478 lors du précédent record de 2023. Pour comprendre l’ampleur, voici quelques repères :
- 2023 : 478 permis (ancien record)
- 2024 : 422 permis (baisse notable)
- 2025 : 468 permis
- 2026 : 492 permis (nouveau record)
Chaque alpiniste devant être accompagné d’un guide sherpa, c’est bien plus de 1 000 personnes qui se retrouvent simultanément sur les flancs de la montagne en période de pointe.
Des redevances au sommet
Le gouvernement népalais a également encaissé un montant record de 1,07 milliard de roupies en redevances issues du seul site de l’Everest. Une manne bienvenue, résultat direct de la hausse des tarifs entrée en vigueur le 1er septembre 2025 : le permis pour les étrangers empruntant la voie classique du Col Sud est passé de 11 000 à 15 000 dollars (+36 %). Pour les Népalais, le tarif de printemps a carrément doublé, passant de 75 000 à 150 000 roupies.
Une augmentation qui n’a pas découragé les candidats — bien au contraire. L’explication principale ? La fermeture de l’Everest côté tibétain par la Chine, qui a redirigé massivement les expéditionnaires vers la voie népalaise.
L’économie de l’Everest, un moteur vital pour le Népal
Difficile d’évoquer la montagne sans parler de ce qu’elle représente économiquement. Des lodges de la vallée du Khumbu aux hôtels de Katmandou, des compagnies d’hélicoptères aux loueurs de matériel d’altitude — l’Everest irrigue une chaîne économique considérable. Des centaines de tentes plantées au camp de base en sont le symbole visible : ce village éphémère à 5 300 mètres d’altitude représente des millions de dollars en flux directs et indirects.
Pour un alpiniste étranger, atteindre le sommet coûte entre 45 000 et 100 000 dollars selon les prestations choisies. Ce budget couvre le permis, les guides, l’oxygène, l’hébergement en camp de base, la logistique et souvent une couverture médicale en altitude. Autant dire que l’Everest reste un privilège, même si le nombre de candidats ne cesse de croître.
Ce que ça change pour les alpinistes en route
Des rotations d’acclimatation déjà effectuées
Pour la grande majorité des expéditionnaires présents au camp de base, les rotations d’acclimatation sont terminées depuis plusieurs semaines. La machine est en marche : les équipes ont grimpé jusqu’aux camps II, III, parfois IV, puis sont redescendues se reposer en attente du feu vert. Maintenant que les cordes sont fixées et que la fenêtre météo se profile, chaque heure compte.
Une coordination indispensable
La gestion du trafic en haute altitude est un défi logistique colossal. Les opérateurs d’expéditions coordonnent désormais leurs horaires de départ depuis le camp de base pour éviter les embouteillages aux passages clés : la cascade de glace, le balcon à 8 400 m, le ressaut Hillary. Un alpiniste bloqué dans le froid pendant des heures à cause d’un bouchon, c’est une hypothermie qui se prépare.
Cette saison, avec le record de permis et une fenêtre potentiellement courte, la moindre erreur de planification peut avoir des conséquences graves. Trois alpinistes népalais ont déjà perdu la vie durant les préparatifs, et deux étrangers sur le mont Makalu. L’Himalaya ne pardonne pas les approximations.
FAQ — Les questions que tout le monde se pose
Combien coûte un permis pour gravir l’Everest en 2026 ?
Depuis le 1er septembre 2025, le permis officiel pour les alpinistes étrangers empruntant la voie classique du Col Sud est fixé à 15 000 dollars. En ajoutant les frais d’expédition (guide, matériel, hébergement, oxygène), le budget total oscille entre 45 000 et 100 000 dollars.
Pourquoi autant de permis cette saison ?
La fermeture de l’Everest côté tibétain par la Chine a redirigé vers le Népal de nombreux alpinistes qui auraient normalement tenté l’ascension par le versant nord. Cette concentration explique le record de 492 permis accordés ce printemps.
La surpopulation sur l’Everest est-elle dangereuse ?
Oui, car des centaines d’alpinistes peuvent se retrouver simultanément sur les passages clés, créant des embouteillages. L’immobilité prolongée au-delà de 8 000 mètres expose à des risques graves : hypothermie, œdème cérébral ou pulmonaire, et épuisement de l’oxygène.
Quelle est la date limite pour atteindre le sommet cette saison ?
La date butoir traditionnelle est le 29 mai 2026, avant l’arrivée de la mousson. La fenêtre météo favorable prévue à partir du 17 mai donne une marge d’environ dix jours, avec un créneau optimal d’environ cinq jours.
À propos de OutWild
Salut, moi c’est Karim Akachar. Alpiniste et himalayiste passionné, fondateur du média Outwild, je pratique l’alpinisme en solo ou en binôme, principalement en style alpin. À travers mes expéditions, je partage des récits de terrain, des conseils techniques et mon expérience de la montagne, avec l’envie de transmettre les valeurs d’autonomie, d’engagement et de respect du milieu alpin.
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En Alpinisme, la base c'est la question : "Est-ce que je peux mourir parce que je n'aurais pas emmené ce…
Tout à fait !
Incroyable la tentative du japonais Yuichiro Miura. Descendre en parachute, fallait y penser 😂😂
2 messages sur “Everest 2026 : la voie est ouverte après un début de saison sous haute tension”
enorme, bravo à l’equipe nepalaise
Yes, impressionnant !