La fermeture de la voie Everest ne pouvait pas tomber à un moment plus symbolique. Ce 29 mai 2026 marque à la fois la Journée de l’Everest — le 73e anniversaire de la première ascension par Tenzing Norgay et Edmund Hillary — et la fin officielle de la saison d’alpinisme sur le versant népalais. Pourtant, alors que les Icefall Doctors démontaient les cordes et les échelles de la cascade de glace du Khumbu, au moins quatre alpinistes se trouvaient encore coincés au camp 2, à 6 400 mètres d’altitude, dans l’incapacité de descendre à pied. Une situation tendue, quelque part entre l’incident logistique et l’urgence médicale, qui illustre à merveille ce que cette montagne peut vous réserver jusqu’au dernier moment.
Je suis de près les saisons himalayennes depuis des années, et cette saison 2026 était déjà hors norme avant même les premières tentatives au sommet. Dès avril, un sérac de 30 mètres avait bloqué la cascade de glace pendant près de trois semaines, clouant des centaines d’alpinistes au camp de base. La voie n’a été ouverte que le 28 avril, avec un retard considérable qui a tout compressé : acclimatations, montées logistiques, fenêtres météo. Résultat : des équipes qui ont dû pousser très haut, très vite, et parfois trop tard dans la saison.
Sommaire
ToggleQui sont les alpinistes encore au camp 2 ?
Trois d’entre eux appartiennent à l’expédition SummitClimb, dirigée par l’Américain Dan Mazur : deux alpinistes étrangers et un sherpa. Le quatrième est une figure atypique : Josh Bregmen, base jumper britannique, qui selon des sources d’ExplorersWeb avait atteint le sommet le 27 mai. Officiellement, son équipe a confirmé l’ascension sur les réseaux sociaux, mais aucune nouvelle d’un saut n’a filtré. Et pour cause : se retrouver bloqué au camp 2 avec une cascade de glace fermée, c’est le genre de scénario qu’aucun plan de vol ne prévoit.

Du côté de SummitClimb, la chronologie est préoccupante. L’équipe a atteint le camp 4 entre le 24 et le 25 mai, puis lancé deux tentatives au sommet les 26 et 27 mai. Des alpinistes présents au col Sud ont rapporté qu’au moins deux membres avaient tenté de partir dans la nuit du 25 au 26 mai malgré un temps dégradé. Ils ont fait demi-tour — sagement — mais en arrivant au camp 4, l’un d’eux souffrait d’un problème oculaire sévère, probablement une cécité des neiges. Le 27 mai, Dan Mazur signalait sur Facebook qu’un alpiniste et un sherpa « ne se sentaient pas bien ».
Ce matin, le message de Mazur était d’abord rassurant : « Tous nos membres et sherpas sont redescendus sains et saufs au camp 2. » Mais quelques heures plus tard, une mise à jour plus inquiétante : les trois alpinistes ont renoncé à descendre la cascade de glace à pied et attendent des hélicoptères, bloqués par la couverture nuageuse. « La nuit tombe presque, alors croisons les doigts pour un vol demain matin », a-t-il écrit.
Ce que ça dit de la fin de saison sur l’Everest
Quand le timing devient critique
Passer au moins cinq jours consécutifs au-dessus de 8 000 mètres — ce que les membres de SummitClimb ont vécu — n’est pas une petite affaire. Au-delà de 8 000 mètres, le corps humain ne se régénère plus : chaque heure supplémentaire dans la zone de la mort use un peu plus l’organisme. Les symptômes que décrit Dan Mazur — malaise, problèmes oculaires — peuvent aussi bien relever de l’épuisement sévère que de pathologies plus sérieuses comme un œdème cérébral naissant ou une kératite d’altitude.
La question que tout le monde se pose sans avoir de réponse claire : l’évacuation par hélicoptère depuis le camp 2 est-elle motivée par une urgence médicale, ou simplement par l’impossibilité physique de descendre la cascade une fois les cordes retirées ? Le SPCC, le comité népalais qui supervise les Icefall Doctors, n’a pas répondu aux demandes de commentaires à l’heure où ces lignes sont écrites.
Le cas lituanien, un signal d’alarme supplémentaire
La journée précédente avait déjà livré un tableau difficile. Saulius Damulevicius, alpiniste lituanien grimpant sans oxygène, avait dû être secouru au camp 3 et hélitreuillé jusqu’à Katmandou, suspecté d’œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA). Il a quitté l’hôpital le 29 mai, mais son cas illustre à quel point les derniers jours d’une saison peuvent concentrer les situations critiques. Les corps sont épuisés, les sherpas aussi, et la météo se dégrade progressivement à mesure que la mousson approche.
Le Khumbu Icefall, ce passage qui conditionne tout
Une voie qui a failli ne jamais ouvrir en 2026
Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut remonter au début de la saison. Le 10 avril 2026, les Icefall Doctors ont découvert un sérac d’une trentaine de mètres de haut surplombant directement l’itinéraire prévu vers le camp 1. Le 24 avril, les autorités ont officiellement déclaré le passage impraticable, suspendant tous les travaux sur cordes fixes et échelles. Il a fallu attendre le 1er mai pour qu’une voie alternative soit sécurisée, mettant fin à deux semaines d’immobilisation pour des centaines de grimpeurs.
Ce retard a eu des conséquences en cascade sur toute la saison. Moins de temps pour s’acclimater, des fenêtres météo plus courtes, des équipes contraintes de superposer les tentatives au sommet sur quelques jours seulement. C’est précisément dans ce contexte sous pression que des alpinistes comme ceux de SummitClimb ont pris des risques supplémentaires — tenter le sommet par mauvais temps, rester trop longtemps en altitude.

Pourquoi la fermeture ne peut pas attendre
Les Icefall Doctors ne démontent pas la voie par caprice ou par respect du calendrier. La cascade de glace du Khumbu est un glacier vivant : il bouge, se déforme, et les structures installées — échelles en aluminium, cordes fixes, ancrages — deviennent rapidement dangereuses si elles ne sont pas entretenues quotidiennement. À mesure que la saison avance et que la chaleur monte, les séracs deviennent plus instables, les crevasses s’élargissent, les ponts de neige s’effondrent. Maintenir la voie ouverte au-delà d’une certaine date n’est tout simplement plus raisonnable.
Voici les points clés à retenir sur la fermeture de la cascade :
- La fermeture est annuelle et programmée, généralement fin mai, avant l’arrivée des premières pluies de mousson
- Les Icefall Doctors retirent physiquement les cordes, échelles et ancrages pour les récupérer et les réutiliser l’année suivante
- Sans équipement fixe, traverser le Khumbu Icefall devient extrêmement technique et dangereux, hors de portée pour des alpinistes commerciaux
- L’hélicoptère depuis le camp 2 est une alternative de plus en plus fréquente — et de plus en plus normalisée — pour les équipes en difficulté en fin de saison
- La couverture nuageuse peut bloquer les vols pendant plusieurs heures, voire une journée entière, comme c’est le cas aujourd’hui
Josh Bregmen et le base jump qui n’a pas eu lieu
L’histoire de Josh Bregmen mérite qu’on s’y attarde. Le base jumper britannique avait pour projet de sauter depuis le sommet de l’Everest — une tentative rare, techniquement extrême, qui nécessite des conditions météo quasi parfaites pour avoir la moindre chance de survie. Son équipe a confirmé l’ascension le 27 mai, mais aucune vidéo, aucun témoignage d’un saut n’a circulé. Selon des sources proches d’ExplorersWeb, il serait actuellement bloqué au camp 2 avec les membres de SummitClimb.
Si la voie est effectivement fermée, ses options se résument à deux : attendre un hélicoptère comme les autres, ou tenter une descente sans équipements fixes dans un terrain glaciaire qui n’est plus sécurisé. Sachant que des projets de ce type impliquent des mois de préparation, d’entraînement et de logistique, finir la saison coincé à 6 400 mètres en attendant une extraction aérienne est un épilogue pour le moins inattendu.

Journée de l’Everest : la fête en bas, l’inquiétude en haut
Pendant que quatre alpinistes regardent les nuages depuis leurs tentes au camp 2, à Katmandou c’est jour de fête. La Journée de l’Everest commémore chaque 29 mai l’ascension historique de 1953 — cette année le 73e anniversaire. Les festivités incluaient une compétition d’escalade sportive, plusieurs conférences sur l’alpinisme en haute altitude et des soirées à thème dans la ville. Les alpinistes ayant récemment atteint le sommet y participaient, médailles autour du cou et récits plein la bouche.
Cette coexistence entre la célébration en vallée et la tension en altitude résume assez bien ce que l’Everest est devenu : une montagne à deux vitesses, où l’expérience de ceux qui sont au sommet n’a parfois plus grand-chose à voir avec celle de ceux qui attendent dans les lodges de Namche Bazaar.
FAQ
Pourquoi la cascade de glace du Khumbu ferme-t-elle chaque année à la fin du mois de mai ?
La fermeture de cette section ultra-exposée est dictée par le calendrier climatique de l’Himalaya.
- Le réchauffement et l’instabilité : À l’approche de la mousson d’été, la hausse des températures transforme la cascade de glace (Khumbu Icefall) en un gigantesque labyrinthe mouvant et hautement instable. Les gigantesques blocs de glace suspendus (séracs) menacent de s’effondrer à tout instant, et les crevasses s’ouvrent à un rythme frénétique.
- Le retrait du matériel : Face à ces dangers, maintenir les équipements en sécurité devient impossible. Les célèbres Icefall Doctors — les Sherpas chargés de tracer et sécuriser la voie — démontent l’intégralité du réseau d’échelles en aluminium et de cordes fixes afin de récupérer le matériel utilisable pour l’année suivante avant que la montagne ne l’engloutisse.
Qu’est-ce que la cécité des neiges et comment survient-elle en haute altitude ?
Il s’agit d’une affection oculaire particulièrement douloureuse induite par le rayonnement solaire extrême.
- Le mécanisme biologique : Scientifiquement appelée kératite actinique, la cécité des neiges est une véritable brûlure de la couche superficielle de la cornée. Elle est provoquée par une surexposition aux rayons ultraviolets (UV), qui sont réfléchis à près de 80 % par le miroir blanc que constituent la neige et les glaciers.
- La vulnérabilité en altitude : Plus l’alpiniste s’élève, plus l’atmosphère s’amincit et moins elle filtre les UV. Les symptômes (douleurs intenses comparables à du sable dans les yeux, larmoiements continus, photophobie et perte temporaire de la vue) peuvent paralyser un grimpeur. L’utilisation constante de lunettes de glacier de catégorie 4 ou de masques de haute protection est une question de survie.
Comment fonctionne une évacuation par hélicoptère depuis le Camp II de l’Everest ?
Une telle opération représente une prouesse aéronautique aux frontières de la physique.
- Les limites de la machine : Perché à 6 400 mètres d’altitude, le Camp II se situe dans l’enveloppe de performance maximale des meilleurs hélicoptères légers de haute montagne, à l’image de l’Airbus H125. À cette altitude, l’air est si rare que la portance des pales et la puissance du moteur sont drastiquement réduites, obligeant les pilotes à voler avec un réservoir de carburant presque vide et à n’embarquer qu’une seule victime à la fois.
- La dépendance météo : Pour réussir une rotation, les conditions doivent être parfaites : une absence de vent, des températures très basses (qui densifient l’air et améliorent la portance) et un ciel totalement dégagé. Un simple plafond nuageux bas ou du brouillard suspend immédiatement les vols, bloquant les blessés en altitude pendant plusieurs heures ou plusieurs jours.
Qu’est-ce que l’œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA) ?
C’est une urgence médicale absolue et l’une des pathologies liées à l’altitude les plus redoutées.
- La cause : L’OPHA (ou HAPE en anglais) se caractérise par une accumulation de liquide biologique dans les alvéoles pulmonaires. Ce phénomène est déclenché par une vasoconscription brutale des vaisseaux des poumons en réponse au manque d’oxygène, souvent suite à une acclimatation trop rapide ou à un effort physique disproportionné au-dessus de 4 000 mètres.
- Les signaux d’alerte et le traitement : La détresse se manifeste par un essoufflement anormal au repos, une toux persistante ramenant des expectorations rosées ou mousseuses, une fatigue extrême et une coloration bleutée des lèvres (cyanose). Le traitement ne souffre aucun délai : il faut administrer de l’oxygène de toute urgence et entamer une descente immédiate de plusieurs centaines de mètres de dénivelé, sous peine d’issue fatale à très court terme.
À propos de Esteban
Je m'appelle Esteban, passionné de trekking et amoureux de la haute montagne depuis toujours. Chaque sommet représente pour moi bien plus qu’un défi physique : c’est une aventure humaine, une quête de liberté et une connexion profonde avec la nature. Des sentiers escarpés des Alpes aux grandes expéditions en altitude, je recherche l’authenticité, le dépassement de soi et les paysages qui coupent le souffle.
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En Alpinisme, la base c'est la question : "Est-ce que je peux mourir parce que je n'aurais pas emmené ce…
Tout à fait !
Incroyable la tentative du japonais Yuichiro Miura. Descendre en parachute, fallait y penser 😂😂
3 messages sur “Fermeture de la voie Everest : des alpinistes bloqués au camp 2”
Dernières nouvelles : Le chef d’équipe Dan Mazur a signalé qu’une bande de nuages au sommet de la cascade de glace du Khumbu empêchait les hélicoptères d’atterrir au camp 2, où les alpinistes — deux Américains et un Sherpa — attendent un transport aérien.
« L’équipe va bien, même si les rations et le carburant commencent à s’épuiser… Je prie pour eux », a écrit Mazur. Heureusement, les alpinistes, bien acclimatés, ne devraient pas avoir besoin d’oxygène supplémentaire tant qu’ils restent en bonne santé. Cependant, ils sont à 7 000 mètres et plus depuis une semaine entière.
BASE jumper à Katmandou
Josh Bregmen, le quatrième alpiniste qui se trouvait hier au camp 2 , a annoncé sur les réseaux sociaux être de retour au camp de base. Il n’a pas précisé quand ni comment il est redescendu, ni pourquoi il se trouve en bas alors que les trois autres alpinistes sont toujours au-dessus de la cascade de glace. Plus tard, le Britannique a publié une photo de lui avec d’autres membres de l’équipe dans un restaurant de Katmandou. Bregmen et son équipe n’ont fourni aucun détail concernant leur saut BASE. Ils ont publié une photo de leur permis d’escalade sur les réseaux sociaux, mais on ignore s’ils avaient besoin d’une autre autorisation pour effectuer un saut BASE et redescendre en parachute au Camp 2, comme ils l’avaient annoncé. Bregmen avait déjà rencontré des problèmes d’autorisation après un saut BASE à ski sur le Mera Peak en 2024.
Le Comité de contrôle de la pollution de Sagarmatha, chargé de sécuriser le passage à travers la cascade de glace du Khumbu, n’a pas répondu à nos questions concernant l’état actuel de la cascade. Les médias locaux ont rapporté que le passage était officiellement fermé hier, mais des alpinistes arrivés à Katmandou aujourd’hui affirment que la cascade est toujours accessible. La situation reste incertaine.
Merci pour cette mise à jour détaillée. La situation semble effectivement encore très incertaine, notamment concernant l’état réel de la cascade de glace du Khumbu et les possibilités d’évacuation du Camp 2. Heureusement, les alpinistes seraient bien acclimatés, mais après une semaine passée au-dessus de 7 000 mètres, chaque jour supplémentaire complique la situation. Nous suivrons l’évolution de près et partagerons les prochaines informations dès qu’elles seront confirmées.
On en sait plus sur les 2 alpinistes bloqués. Après avoir passé près d’une semaine bloqués au camp 2 de l’Everest, deux alpinistes américains et un sherpa népalais ont finalement été évacués par hélicoptère le 31 mai. Leur sauvetage a été confirmé par Dan Mazur, qui a salué les efforts conjoints des pilotes, sherpas et équipes sur place.
Cependant, plusieurs zones d’ombre subsistent. L’état de santé exact des trois alpinistes n’a pas été précisé. Or, les évacuations en hélicoptère depuis le camp 2 sont normalement réservées aux situations d’urgence. La veille encore, Mazur affirmait que les grimpeurs allaient bien malgré des réserves limitées de nourriture et de carburant.
Cette affaire relance également le débat sur l’usage des hélicoptères sur l’Everest. Si les secours d’urgence sont autorisés, la définition même d’une « urgence » reste floue. Les évacuations entre le camp 2 et le camp de base sont régulièrement critiquées, certains estimant qu’elles sont parfois utilisées au-delà du cadre strict du sauvetage.
Alors que la saison d’ascension touche à sa fin, des incertitudes demeurent également concernant l’ouverture de la route à travers la cascade de glace du Khumbu, certaines sources annonçant sa fermeture tandis que d’autres affirment qu’une partie de l’itinéraire reste encore praticable.