Se lancer dans la randonnée, c’est un peu comme ouvrir la porte d’un nouveau monde. On imagine déjà les sommets conquis, les panoramas à couper le souffle, ces moments de liberté totale en pleine nature. Mais entre le fantasme et la réalité du terrain, il y a souvent un fossé que les débutants découvrent à leurs dépens. Ampoules aux pieds, sac trop lourd, déshydratation ou simple perte d’orientation : ces petites erreurs peuvent transformer une journée de rêve en véritable calvaire.
Pourtant, la plupart de ces galères sont évitables. Elles relèvent rarement du manque de courage ou de motivation, mais plutôt d’un déficit d’information ou d’expérience. Après des années passées sur les sentiers, j’ai vu défiler les mêmes patterns, les mêmes bévues qui reviennent en boucle chez ceux qui débutent. Cet article recense les 10 erreurs classiques que commettent presque tous les nouveaux randonneurs, avec pour chaque point des solutions concrètes et applicables dès votre prochaine sortie.
- Sous-estimer l’importance des chaussures
- Surcharger son sac à dos
- Négliger l’hydratation et la nutrition
- Ignorer la météo et ses variations
- Choisir un itinéraire trop ambitieux
- Partir sans carte ni moyen d’orientation
- Négliger l’échauffement et les étirements
- Partir seul sans prévenir personne
- Sous-estimer l’impact du soleil et du froid
- Ignorer les signaux de son corps
- FAQ : Vos questions sur la randonnée débutant
Sous-estimer l’importance des chaussures
C’est probablement l’erreur numéro un, celle qui gâche le plus de randonnées. Beaucoup de débutants se disent qu’une paire de baskets fera l’affaire, surtout pour une balade « facile ». Résultat : ampoules garanties dès les premiers kilomètres, chevilles qui se tordent sur les cailloux, pieds trempés au moindre ruisseau.
Les chaussures de randonnée ne sont pas un caprice marketing. Elles offrent un maintien de la cheville, une semelle crantée pour l’adhérence, une protection contre l’humidité et surtout un amorti adapté aux longues distances sur terrain accidenté. Selon une étude de la Fédération française de randonnée pédestre, près de 60 % des abandons lors de randonnées d’une journée sont liés à des problèmes de pieds.
Le piège, c’est d’acheter des chaussures neuves la veille du départ. Il faut absolument les roder avant : portez-les chez vous, faites quelques balades urbaines, testez-les sur des petites sorties. Vos pieds doivent s’habituer progressivement. Pensez aussi aux chaussettes techniques, qui évacuent la transpiration et limitent les frottements. Un duo chaussures + chaussettes adapté peut littéralement sauver votre randonnée.

Surcharger son sac à dos
L’envie de tout emporter « au cas où » est universelle chez les débutants. On se dit qu’on pourrait avoir besoin de ceci, de cela, et hop, le sac pèse soudain 12 ou 15 kilos pour une simple journée en montagne. Grave erreur. Un sac trop lourd fatigue prématurément, déséquilibre la marche, crée des tensions dans le dos et les épaules.
La règle d’or : pour une randonnée à la journée, ne dépassez jamais 6 à 8 kilos, boisson comprise. Pour un trek de plusieurs jours, on vise entre 10 et 15 % de son poids corporel maximum. Chaque gramme compte réellement quand on accumule les heures de marche. Posez-vous systématiquement la question : « Est-ce que j’en aurai vraiment besoin ? » Soyez impitoyable.
L’art du rangement intelligent
Au-delà du poids, il y a la répartition. Les objets lourds (eau, nourriture, réchaud) doivent se trouver au centre du sac, près du dos, à hauteur des omoplates. Les affaires légères vont en périphérie. Les accessoires fréquemment utilisés (carte, en-cas, crème solaire) restent accessibles dans les poches extérieures. Un sac mal organisé peut faire perdre un temps fou et générer une fatigue inutile.
Négliger l’hydratation et la nutrition
« J’ai pas soif » ou « Je mangerai en rentrant » sont des phrases qu’on entend souvent sur les sentiers. Sauf que la déshydratation ne prévient pas toujours par la soif, surtout en altitude ou par temps frais. Quand les premiers signes apparaissent (maux de tête, fatigue soudaine, vertiges), il est souvent trop tard pour récupérer facilement.
L’eau, c’est le carburant du randonneur. On recommande généralement 0,5 litre par heure de marche, davantage en été ou sur terrain difficile. Buvez régulièrement, par petites gorgées, sans attendre d’avoir soif. Prévoyez toujours plus d’eau que nécessaire : une source peut être tarie, un refuge fermé, un détour imprévu rallonger le trajet.
Côté nourriture, privilégiez les snacks énergétiques : fruits secs, barres de céréales, chocolat, pâte d’amandes. Ils se glissent facilement dans les poches et fournissent un boost rapide sans alourdir l’estomac. Manger toutes les heures ou toutes les deux heures permet de maintenir un niveau d’énergie constant. Les grosses fringales en montagne sont dangereuses : elles mènent à la baisse de vigilance, aux mauvaises décisions, voire à l’hypoglycémie.

Ignorer la météo et ses variations
Partir sous un soleil radieux et se retrouver trempé jusqu’aux os deux heures plus tard, c’est un grand classique. En montagne particulièrement, le temps change très rapidement. Un ciel dégagé le matin peut se transformer en orage violent l’après-midi, surtout en été. Ignorer les prévisions météo, c’est jouer à la roulette russe.
Consultez toujours la météo la veille et le matin même de votre départ. Des sites spécialisés comme Météo France Montagne ou Mountain Forecast donnent des prévisions locales précises, heure par heure. Apprenez aussi à observer le ciel : nuages qui s’accumulent rapidement, vent qui se lève, baisse soudaine de température sont autant de signes avant-coureurs.
Même si les prévisions annoncent du beau temps, emportez systématiquement une veste imperméable et une couche chaude supplémentaire. Elles prennent peu de place et peuvent sauver votre sortie. La règle du « trois couches » reste d’actualité : une couche respirante au contact de la peau, une couche isolante, une couche protectrice contre le vent et la pluie.
Choisir un itinéraire trop ambitieux
L’enthousiasme du débutant peut jouer de mauvais tours. On repère une randonnée magnifique sur Instagram, 25 kilomètres avec 1500 mètres de dénivelé, et on se lance sans vraiment mesurer l’effort. Sauf que le dénivelé, ça ne rigole pas. 300 mètres de montée équivalent environ à 1 kilomètre supplémentaire en termes d’effort physique.
Pour débuter, visez des parcours de 10 à 15 kilomètres maximum, avec un dénivelé positif n’excédant pas 600 mètres. Testez d’abord votre endurance sur terrain facile avant de vous attaquer aux grands classiques alpins. Il vaut mieux finir une randonnée en se disant « J’aurais pu faire plus » que de devoir appeler les secours parce qu’on est épuisé à mi-parcours.
Regardez aussi les temps de marche annoncés et multipliez-les par 1,5 pour avoir une estimation réaliste quand on débute. Les topoguides sont souvent calculés sur des bases de marcheurs expérimentés. Ajoutez du temps pour les pauses, les photos, l’observation de la nature. Prévoir large évite le stress de devoir presser le pas en fin de journée.
Partir sans carte ni moyen d’orientation
« J’ai mon smartphone, ça suffit » : cette phrase, je l’ai entendue des dizaines de fois. Puis la batterie meurt, le réseau disparaît en pleine forêt, ou l’appareil tombe dans une rivière. Se fier uniquement à son téléphone pour s’orienter en randonnée est une imprudence majeure.
Emportez toujours une vraie carte papier de la zone, idéalement au 1/25000, et apprenez les bases de la lecture de carte et de l’utilisation d’une boussole. Ces compétences peuvent littéralement vous sauver la vie. Une application comme Maps.me ou IGN Rando avec cartes téléchargées offline constitue un excellent complément, mais jamais un remplacement.
Le balisage, votre meilleur ami
Sur les sentiers officiels, le balisage (traits blanc-rouge pour les GR, jaune pour les PR) est votre fil d’Ariane. Habituez-vous à le repérer régulièrement. Si vous n’avez pas vu de marque depuis 15 minutes, faites demi-tour jusqu’au dernier point de repère. S’enfoncer dans le doute ne fait qu’aggraver la situation. La plupart des accidents de randonnée impliquent une perte d’orientation initiale.

Négliger l’échauffement et les étirements
On ne part pas en randonnée comme on prend le bus. Vos muscles, vos articulations, vos tendons ont besoin d’une préparation minimale. Beaucoup de débutants attaquent directement la montée raide, à fond, et se retrouvent avec des courbatures monstrueuses le lendemain ou, pire, une blessure qui compromet toute la suite.
Prenez 5 à 10 minutes au départ pour échauffer en douceur : quelques rotations de chevilles, de genoux, des épaules, des mouvements de bras. Commencez la marche lentement les 15 premières minutes, laissez votre corps monter en température progressivement. C’est particulièrement important le matin à froid.
En fin de randonnée, quelques étirements simples des mollets, quadriceps, ischios-jambiers favorisent la récupération et limitent les courbatures. Rien de compliqué : 30 secondes par groupe musculaire suffisent. Ces petits rituels semblent anodins mais font toute la différence sur le long terme, surtout si vous randonnez régulièrement.
Partir seul sans prévenir personne
L’appel de la solitude en montagne est puissant, et randonner seul peut être une expérience formidable. Mais si vous débutez, c’est une pratique risquée, surtout sur des itinéraires peu fréquentés. Une cheville foulée, une désorientation, un malaise, et vous voilà dans une situation délicate sans personne pour vous aider.
Si vous tenez absolument à partir seul, prévenez systématiquement quelqu’un de votre entourage : itinéraire prévu, heure de départ, heure de retour estimée. Donnez des points de passage précis. En cas de problème, les secours sauront où chercher. Certaines applications comme Outdoor Active permettent aussi de partager sa position en temps réel.
Le mieux reste quand même de randonner en groupe quand on débute, ou au minimum à deux. On se motive mutuellement, on partage les moments forts, et surtout on se sécurise. Les clubs de randonnée locaux organisent régulièrement des sorties encadrées, idéales pour apprendre les bonnes pratiques tout en découvrant de nouveaux coins.
Sous-estimer l’impact du soleil et du froid
Le soleil en montagne tape 25 % plus fort qu’en plaine à cause de l’altitude. On ne s’en rend pas toujours compte parce qu’il fait frais, mais les UV frappent dur. Résultat : des coups de soleil sévères, des insolations, une déshydratation accélérée. Et c’est valable même par temps couvert, les nuages ne filtrent qu’une partie des rayons.
La crème solaire haute protection (indice 50+) est non négociable, même en randonnée d’automne. Appliquez-en généreusement sur toutes les zones exposées et renouvelez l’application toutes les deux heures. Casquette ou chapeau, lunettes de soleil avec filtre UV catégorie 3 ou 4 : ces accessoires ne sont pas des gadgets mais des protections indispensables.
À l’inverse, le froid est traître. On démarre la montée en transpirant et on oublie qu’au sommet, avec le vent, la température ressentie peut chuter de 10 degrés. L’hypothermie guette, surtout si on est mouillé. Ayez toujours dans votre sac :
- Une polaire ou doudoune légère
- Un bonnet et des gants, même en été
- Un coupe-vent imperméable
- Des vêtements de rechange secs
La gestion des couches vestimentaires est un art : on enlève une couche dès qu’on a trop chaud en montée, on en remet systématiquement aux pauses pour éviter le refroidissement. Ne restez jamais immobile longtemps avec des vêtements humides de transpiration.
Ignorer les signaux de son corps
L’erreur peut-être la plus dangereuse de toutes : continuer coûte que coûte malgré la douleur, la fatigue extrême ou les signaux d’alerte du corps. L’orgueil, la pression du groupe, l’envie d’atteindre le sommet à tout prix poussent certains débutants à dépasser leurs limites de manière déraisonnable.
Apprenez à distinguer l’inconfort normal de l’effort et les vraies alertes. Une douleur aiguë au genou, un essoufflement anormal, des vertiges, des nausées : ces symptômes ne doivent jamais être ignorés. Il n’y a aucune honte à faire demi-tour. Les montagnes seront toujours là demain, votre santé peut ne pas attendre.
Écoutez particulièrement les signes du mal aigu des montagnes si vous randonnez au-dessus de 2500 mètres : maux de tête persistants, nausées, fatigue extrême, troubles du sommeil. La seule solution efficace est de redescendre immédiatement. Forcer en altitude peut mener à des œdèmes pulmonaires ou cérébraux potentiellement mortels.

FAQ : Vos questions sur la randonnée débutant
Combien d’eau faut-il emporter pour une randonnée d’une journée ?
Prévoyez minimum 1,5 à 2 litres d’eau pour une journée de marche modérée. Augmentez jusqu’à 3 litres en été ou sur terrain difficile. L’idéal est de compter 0,5 litre par heure de marche effective. Si votre itinéraire passe par des sources ou refuges, vous pouvez réduire un peu, mais vérifiez toujours avant que ces points d’eau sont bien accessibles.
Quelle est la distance idéale pour débuter en randonnée ?
Pour une première sortie, visez 8 à 12 kilomètres avec maximum 400 mètres de dénivelé positif. Cela représente environ 3 à 4 heures de marche, pauses comprises. Augmentez progressivement au fil des sorties. Le plus important n’est pas la distance mais d’arriver au bout sans souffrance et avec l’envie de recommencer.
Faut-il des bâtons de randonnée quand on débute ?
Les bâtons ne sont pas obligatoires pour les terrains faciles, mais ils soulagent considérablement les genoux dans les descentes, jusqu’à 30 % de réduction de l’impact. Ils améliorent aussi l’équilibre sur terrain accidenté et permettent de répartir l’effort sur les bras. Si vous avez des problèmes d’articulations ou prévoyez des randonnées avec dénivelé, investissez dans une paire réglable. Leur utilisation s’apprend en quelques sorties.
Comment éviter les ampoules en randonnée ?
La combinaison gagnante : chaussures bien rodées, chaussettes techniques sans coutures et pieds secs. Dès que vous sentez un point de friction, arrêtez-vous immédiatement et posez un pansement spécial ampoule en préventif. Ne serrez pas trop vos lacets, surtout en descente. Certains randonneurs appliquent de la vaseline sur les zones sensibles avant de partir. L’hydratation de la peau compte aussi : des pieds trop secs craquent plus facilement.
Voilà, vous connaissez maintenant les pièges classiques qui guettent tous les débutants. La bonne nouvelle ? Aucune de ces erreurs n’est fatale si on les identifie à temps. La randonnée s’apprend sur le terrain, avec ses petites galères et ses grandes victoires. Chaque sortie vous rendra plus autonome, plus confiant, plus connecté à la nature. Alors équipez-vous correctement, planifiez intelligemment, écoutez votre corps, et surtout : profitez à fond de chaque instant passé sur les sentiers. Les sommets vous attendent ! 🏔️✨
