Le Cho La Pass n’est pas un col comme les autres. Perché à 5 420 mètres d’altitude dans la région de l’Everest, au cœur du Khumbu népalais, il représente l’un des passages de haute montagne les plus exigeants — et les plus spectaculaires — accessibles aux trekkeurs expérimentés sans recours à l’alpinisme technique. Chaque année, des centaines d’aventuriers franchissent cette arête glaciaire qui relie Gokyo à Dzongla, les yeux rivés sur l’Everest, le Cho Oyu et le Makalu. Mais derrière la beauté brute du paysage se cache une réalité physique et logistique que peu de guides prennent le temps d’expliquer honnêtement. Ce guide est là pour combler ce manque.
Comprendre le Cho La Pass avant de partir
La traversée du Cho La Pass s’inscrit généralement dans le cadre du Three Passes Trek, un circuit de haute altitude qui franchit également le Renjo La (5 360 m) et le Kongma La (5 535 m). C’est un itinéraire réservé aux marcheurs ayant déjà une expérience solide en trekking d’altitude, non pas parce qu’il nécessite des cordes ou des piolets dans des conditions normales, mais parce qu’il demande une endurance cardiovasculaire et une résistance au froid exceptionnelles.
Le col lui-même comporte un passage glaciaire d’environ 200 à 300 mètres que beaucoup de trekkeurs sous-estiment. En saison sèche (octobre-novembre ou mars-mai), la neige peut être ferme voire verglacée dès l’aube. Des crampons légers — ou micro-crampons — s’avèrent indispensables. Une étude menée par le Himalayan Rescue Association en 2022 révèle que plus de 40 % des incidents sur ce type de col surviennent en raison d’un équipement inadapté ou d’un départ trop tardif dans la journée.
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Les meilleures saisons pour franchir le col
Choisir la bonne fenêtre météo conditionne l’ensemble de l’expérience. Le Cho La Pass est praticable deux fois par an, mais les conditions varient considérablement selon les semaines.
Octobre et novembre constituent la période reine. Le ciel est limpide, les températures nocturnes descendent sous -10°C au camp de base, mais les journées restent clémentes. La neige fraîche de la mousson a durci, ce qui rend le passage glaciaire relativement stable. La fréquentation est à son pic : on croise des groupes internationaux, ce qui peut rassurer les moins aguerris.
Mars à mai offre une alternative intéressante, avec des températures légèrement plus douces mais un risque de chutes de neige printanières qui peut rendre le col impraticable pendant deux à trois jours consécutifs. Si vous voyagez hors guide, vérifiez les conditions locales à Dzongla ou à Thagnag avant de vous engager.
La mousson (juin-août) et l’hiver (décembre-février) ferment pratiquement le col aux non-alpinistes. Les risques d’avalanche et de whiteout rendent la traversée extrêmement dangereuse.

L’équipement indispensable pour le Cho La Pass
Ce que vous ne pouvez pas négliger
Se préparer pour le Cho La Pass demande une attention particulière à certains équipements souvent négligés dans les listes génériques de trekking himalayens.
- Crampons ou micro-crampons : absolument nécessaires pour la section glaciaire. Les modèles Kahtoola MICROspikes ou Yaktrax Pro conviennent pour la majorité des conditions.
- Bâtons de trekking réglables : ils compensent l’instabilité sur les blocs rocheux et la neige.
- Sac de couchage -15°C minimum : les nuits à Dzongla ou Dragnag sont brutales même en octobre.
- Couches de base en laine mérinos : la régulation thermique est cruciale quand on alterne effort physique intense et pauses au froid.
- Lunettes de glacier catégorie 4 : la réverbération sur la neige à 5 400 m peut provoquer une ophtalmie des neiges en quelques heures.
- Lampe frontale avec batteries de rechange : le départ doit avoir lieu avant l’aube pour franchir le col avant que la neige ne ramollisse.
- Médicaments d’altitude : discutez avec votre médecin de la pertinence d’une prescription de Diamox (acétazolamide) selon votre profil.
- Nourriture d’urgence : barres énergétiques, fruits secs, chocolat noir. Les lodges de Thagnag ou Dragnag ferment parfois tôt en soirée.
La gestion de l’altitude, priorité absolue
Aucun équipement ne compense une acclimatation insuffisante. Le mal aigu des montagnes (MAM) est la première cause d’évacuation héliportée dans le Khumbu. La règle d’or : ne jamais monter de plus de 300 à 500 mètres par jour au-delà de 3 500 mètres. Un profil d’itinéraire bien conçu inclut des jours de repos à Namche Bazaar (3 440 m) et à Dingboche (4 410 m) avant d’attaquer les hauts cols.
Le profil de la traversée jour par jour
De Gokyo à Thagnag : la mise en jambes
La journée commence à Gokyo (4 790 m), village posé au bord d’un lac turquoise d’une beauté sidérante. La montée vers le Cho La Pass débute par une longue traversée de moraines, ces accumulations de rochers laissés par le retrait glaciaire. Le terrain est technique mais non dangereux pour qui garde les yeux ouverts. On rejoint Thagnag (ou Dragnag, selon les cartes) après environ cinq à six heures de marche, pour une nuit dans l’un des rares lodges de ce hameau austère.
La traversée proprement dite : Thagnag au col puis Dzongla
Lever à 4h00. Départ à 5h00. Ce n’est pas une recommandation, c’est une règle. La section glaciaire du Cho La Pass doit être franchie avant que les rayons du soleil ne ramollissent la neige en fin de matinée. Les premières heures de marche se font à la frontale, sur des blocs rocheux puis sur un névé qui s’incline progressivement. Au sommet, les drapeaux de prières claquent dans un vent glacial, et la vue sur le Cholatse (6 440 m) et le Taboche (6 542 m) compense tous les efforts. La descente vers Dzongla est raide, parfois verglacée sur les premiers mètres, avant de retrouver le confort relatif d’un sentier caillouteux. Comptez huit à dix heures de marche totale.
Avec ou sans guide : ce que disent les trekkeurs
C’est la question qui divise les forums de trekking depuis des années. La réglementation népalaise rend obligatoire l’embauche d’un guide depuis 2023 pour la quasi-totalité des zones protégées, dont le Parc national de Sagarmatha où se situe le Cho La Pass. Cette mesure a suscité des débats, mais elle a objectivement réduit le nombre d’incidents graves.
Un guide local connaît les conditions du col en temps réel. Il peut décider d’annuler la traversée si la météo se dégrade ou si la neige est trop instable — une décision difficile à prendre seul quand on a marché dix jours pour en arriver là. Les agences de trekking réputées comme Himalayan Glacier ou 3 Sisters Adventure Trekking proposent des guides spécialisés haute altitude formés aux premiers secours en montagne.
FAQ — Cho La Pass
Le Cho La Pass est-il dangereux pour un trekkeur sans expérience alpiniste ?
En avril 2026, le Cho La Pass (5 420 m) reste un défi de taille. S’il ne requiert pas de compétences pures d’escalade, il est déconseillé aux néophytes de l’altitude. La traversée comporte une section sur un glacier de pente modérée qui peut s’avérer délicate : la glace vive ou la neige compacte peuvent déstabiliser un marcheur non aguerri. Une expérience préalable sur des sommets de plus de 4 000 mètres est vivement recommandée pour aborder ce col technique en toute sérénité.
Combien coûte la traversée du Cho La Pass en 2026 ?
Le budget a légèrement évolué cette année. Pour un trek complet incluant guide, porteur, hébergement en lodges et repas, comptez entre 1 900 € et 3 000 € pour une expédition de deux semaines au départ de Katmandou. À cela s’ajoutent les frais administratifs indispensables : la TIMS Card et le permis du Parc National de Sagarmatha, qui totalisent environ 60 à 80 USD par personne.
Peut-on faire le Cho La Pass dans le sens inverse, de Dzongla vers Gokyo ?
Les deux sens sont tout à fait praticables, mais le choix dépend souvent des conditions nivologiques d’avril 2026. Le sens Gokyo → Dzongla est fréquemment privilégié car la montée depuis Thagnag est progressive, tandis que la descente vers Dzongla, bien que raide et rocheuse, est plus directe. Dans le sens inverse (Dzongla → Gokyo), la montée finale sur le glacier peut être plus épuisante physiquement. Demandez toujours l’avis de votre guide local avant de vous engager.
Que faire si le col est fermé à cause de la météo ?
La sécurité prime toujours en haute altitude. En cas de tempête de neige ou de vent violent :
- La patience : Prévoyez toujours 1 ou 2 jours de battement dans votre itinéraire pour attendre une fenêtre météo favorable à Thagnag ou Dzongla.
- Le plan B : Si le passage reste impraticable, l’alternative consiste à redescendre vers Phortse ou Pangboche pour contourner la montagne. Cela permet de rejoindre la vallée de Lobuche par le sentier classique, évitant ainsi tout risque inutile sur un col enneigé.

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