Le Groenland évoque immédiatement des images de glaciers majestueux, de fjords infinis et d’une nature sauvage où l’homme n’est qu’un invité de passage. Cette immense île arctique, recouverte à 80 % par la calotte glaciaire, attire chaque année davantage de randonneurs en quête d’authenticité et d’aventures hors des sentiers battus. Loin du tourisme de masse, le Groenland offre des paysages d’une pureté rare, où le silence n’est rompu que par le craquement de la glace ou le souffle du vent polaire.
Partir en trek au Groenland, c’est accepter de se confronter à des conditions exigeantes mais profondément gratifiantes. Les distances sont immenses, les infrastructures quasi inexistantes, et la météo peut basculer en quelques minutes. Pourtant, cette rudesse fait partie intégrante du charme groenlandais. Chaque pas sur ces terres arctiques résonne comme une aventure véritable, une reconnexion avec l’essentiel et une célébration de la beauté brute de la nature.
Que vous soyez randonneur aguerri ou aventurier curieux de découvrir l’Arctique, ce guide vous dévoile cinq itinéraires emblématiques qui incarnent la magie du trekking groenlandais. Des vallées verdoyantes du sud aux glaciers titanesques de l’ouest, chaque parcours raconte une histoire différente de cette terre de glace et de légendes.
Le trek du Cercle Polaire Arctique
Situé dans la région de Kangerlussuaq, le trek du Cercle Polaire Arctique représente l’une des randonnées les plus accessibles et spectaculaires du Groenland. Cet itinéraire de 160 kilomètres traverse des paysages variés où la toundra colorée côtoie les moraines glaciaires et les lacs d’altitude aux eaux cristallines. La durée moyenne oscille entre 8 et 10 jours, selon le rythme adopté et les conditions météorologiques. 🏔️
Ce qui rend ce trek particulièrement fascinant, c’est la diversité des écosystèmes rencontrés. Vous commencez votre périple dans une vallée tapissée de végétation arctique où bouleaux nains et saules rampants créent un tapis verdoyant en été. Progressivement, le paysage se minéralise pour laisser place à des étendues rocheuses ponctuées de lacs turquoise. Le point culminant de cette aventure reste sans conteste le franchissement symbolique du Cercle Polaire Arctique à 66°33′ de latitude nord, marqué par un panneau que les randonneurs photographient avec fierté.
Les nuits en camping sauvage font partie intégrante de l’expérience. Installer sa tente face à un coucher de soleil de minuit, alors que la lumière rasante embrase les montagnes, procure des émotions indescriptibles. La faune locale n’est jamais loin : bœufs musqués, renards arctiques et aigles royaux peuplent ces terres reculées. Certains randonneurs rapportent avoir observé des caribous traversant les rivières glacées, un spectacle naturel qui reste gravé dans les mémoires.

Préparation et logistique
L’accès au départ du trek s’effectue depuis Kangerlussuaq, accessible en avion depuis Copenhague ou Reykjavik. Sur place, plusieurs agences locales proposent des transferts jusqu’au point de départ, généralement situé près du glacier Russell. L’autonomie complète est exigée : nourriture lyophilisée, réchaud, système de purification d’eau et équipement de bivouac grand froid sont indispensables.
Les cartes topographiques au 1:100 000 restent précieuses malgré l’utilisation du GPS, car les conditions météo peuvent limiter la visibilité. Les rivières de fonte glaciaire représentent le principal défi technique de ce trek. Certaines traversées nécessitent de marcher dans une eau glacée jusqu’aux cuisses, avec un courant parfois violent. L’idéal consiste à franchir ces obstacles tôt le matin, quand le débit reste minimal.
Le trek de Tasiusaq Bay
Dans le sud du Groenland, près de Narsarsuaq, le trek de Tasiusaq Bay offre un contraste saisissant avec l’image traditionnelle des terres arctiques. Cette région bénéficie d’un microclimat exceptionnellement doux qui permet une végétation luxuriante et des températures estivales pouvant atteindre 20°C. Le parcours de 70 kilomètres se déroule sur 4 à 6 jours et combine fjords spectaculaires, vallées verdoyantes et vues imprenables sur les glaciers environnants. ✨
L’itinéraire débute généralement à Narsarsuaq avant de longer le fjord Tunulliarfik, célèbre pour ses icebergs dérivants et ses eaux d’un bleu profond. Le sentier serpente entre prairies fleuries et forêts de bouleaux, un phénomène rare à cette latitude. Les Vikings s’étaient d’ailleurs installés dans cette zone au Xe siècle, séduits par ces conditions plus clémentes. Vous croiserez d’ailleurs les ruines nordiques d’Igaliku, ancien évêché de l’époque médiévale, témoignage fascinant de l’histoire groenlandaise.
La traversée de la baie de Tasiusaq elle-même constitue un moment fort. Accessible uniquement à pied lors des marées basses ou en kayak, cette baie protégée abrite une faune marine remarquable : phoques, baleines de Minke et parfois même des orques fréquentent ces eaux poissonneuses. Les habitants du petit village de Tasiusaq, moins de 50 personnes, perpétuent un mode de vie traditionnel basé sur la chasse et la pêche. Leur hospitalité légendaire en fait une étape mémorable où l’échange culturel enrichit l’expérience du trek.

Points d’intérêt majeurs
Le trek traverse plusieurs sites archéologiques vikings, notamment les ruines de Brattahlid, la ferme d’Erik le Rouge lui-même. Ces vestiges millénaires, parfaitement conservés par le climat sec, offrent une fenêtre unique sur l’histoire de la colonisation nordique. Les panneaux explicatifs retracent la vie quotidienne de ces premiers Européens établis en Amérique du Nord.
Le glacier Qooroq, accessible par une randonnée d’une journée depuis Narsarsuaq, mérite absolument le détour. Ce glacier vêlant produit des icebergs gigantesques qui dérivent ensuite vers l’océan Atlantique. Le spectacle du vêlage, lorsqu’un pan de glace se détache dans un fracas assourdissant, reste l’un des phénomènes naturels les plus impressionnants du Groenland. L’observation depuis une distance sécuritaire procure des sensations uniques, mêlant fascination et respect face à la puissance des forces naturelles.
Le trek de l’Arctic Circle Trail
Considéré comme le trek mythique du Groenland, l’Arctic Circle Trail relie Kangerlussuaq à Sisimiut sur 165 kilomètres de nature sauvage. Cette traversée légendaire nécessite 9 à 12 jours d’autonomie totale et attire chaque été des randonneurs du monde entier. L’itinéraire traverse la toundra arctique, franchit plusieurs cols d’altitude et longe d’immenses lacs gelés une grande partie de l’année. 🔥
Ce qui distingue cet itinéraire, c’est son caractère intégral d’aventure. Aucun ravitaillement possible en cours de route, aucun refuge, aucune échappatoire facile en cas de problème. Vous devez porter l’intégralité de votre nourriture et de votre équipement, ce qui représente facilement 20 à 25 kilos sur le dos. La gestion de l’eau reste simple grâce aux innombrables ruisseaux et lacs, mais la purification demeure obligatoire pour éviter tout risque de giardiase.
Le tracé balisé par de simples cairns exige une navigation attentive. Par temps de brouillard, fréquent dans cette région, la progression ralentit considérablement. Les randonneurs expérimentés recommandent de prévoir des journées de marge pour faire face aux imprévus météorologiques. Le dénivelé cumulé dépasse les 2 000 mètres, avec plusieurs passages techniques nécessitant une bonne condition physique et une certaine expérience du trekking en autonomie.

Rencontres et faune sauvage
L’Arctic Circle Trail offre des opportunités exceptionnelles d’observation de la faune. Les bœufs musqués, ces mammifères préhistoriques aux longs poils, paissent tranquillement dans les vallées herbeuses. Leur silhouette massive et leurs cornes recourbées impressionnent toujours les randonneurs. Il convient de maintenir une distance de sécurité d’au moins 100 mètres, car ces animaux peuvent charger s’ils se sentent menacés, particulièrement les femelles accompagnées de leurs petits.
Les renards arctiques, curieux et peu farouches, visitent régulièrement les campements. Leur pelage d’été brun-gris contraste avec leur magnifique fourrure blanche hivernale. Les lagopèdes alpins, ces oiseaux parfaitement adaptés au climat arctique, s’envolent bruyamment à l’approche des marcheurs. Dans les lacs poisonneux, les ombles arctiques offrent une opportunité bienvenue de compléter le menu par une pêche sportive, à condition de posséder un permis.
Le trek du fjord d’Ilulissat
Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le fjord glacé d’Ilulissat (Kangia en groenlandais) produit 10 % des icebergs de l’hémisphère nord. Le glacier Sermeq Kujalleq, l’un des plus productifs de la planète, déverse quotidiennement des millions de tonnes de glace dans ce fjord spectaculaire. Le trek de 3 à 5 jours autour de cette merveille naturelle combine randonnée accessible et paysages à couper le souffle. 🌍
L’itinéraire emprunte des sentiers bien aménagés qui serpentent le long de la côte rocheuse, offrant des points de vue vertigineux sur l’embouchure du fjord. Les icebergs géants, certains hauts comme des immeubles de dix étages, dérivent majestueusement vers la baie de Disko. Leurs formes sculptées par l’érosion créent des cathédrales de glace aux bleus translucides, particulièrement photogéniques sous le soleil de minuit. Les photographes du monde entier considèrent ce site comme l’un des plus beaux de l’Arctique.
La ville d’Ilulissat, troisième du Groenland avec ses 5 000 habitants, sert de camp de base idéal pour explorer la région. Son nom signifie « icebergs » en kalaallisut, la langue groenlandaise, ce qui en dit long sur l’omniprésence de la glace dans le paysage local. Les infrastructures touristiques y sont relativement développées, avec des hébergements variés et plusieurs restaurants proposant une cuisine fusion groenlandaise moderne.

Variantes et extensions possibles
Plusieurs options s’offrent aux randonneurs selon leur niveau et leurs envies :
- Le sentier bleu : boucle de 2 à 3 heures, accessible à tous, longe la côte sud avec des panoramas époustouflants
- Le sentier jaune : randonnée de 6 à 8 heures plus sportive qui grimpe sur les hauteurs pour une vue plongeante sur le fjord
- Le sentier rouge : trek de 2 jours avec bivouac au bord d’un lac d’altitude, réservé aux marcheurs expérimentés
- L’extension vers Sermermiut : site archéologique inuit situé à quelques kilomètres, témoignage de 4 000 ans d’occupation humaine
Les excursions en bateau parmi les icebergs complètent merveilleusement le trek terrestre. Naviguer entre ces géants de glace, entendre le crépitement des bulles d’air millénaires qui s’échappent, et observer les phoques allongés sur la banquise procure des sensations incomparables. Certaines agences proposent même des sorties nocturnes sous le soleil de minuit ou les aurores boréales selon la saison.
Le trek de la vallée des fleurs
Moins connu que les itinéraires précédents, le trek de la vallée des fleurs près de Narsaq mérite pourtant largement sa place dans ce classement. Cette randonnée de 4 à 6 jours explore une région du sud Groenland où la biodiversité arctique explose littéralement durant le bref été polaire. Des tapis de fleurs multicolores recouvrent les prairies alpines, créant un contraste saisissant avec les glaciers qui encadrent la vallée. 🏕️
Le début du trek s’effectue depuis le petit port de Narsaq, accessible en ferry depuis Narsarsuaq. La navigation entre les icebergs du fjord Tunulliarfik constitue déjà une aventure en soi. Une fois à pied, le sentier grimpe progressivement vers un plateau d’altitude où s’étendent des prairies fleuries. Botanistes et amoureux de la nature se régalent devant cette explosion de couleurs : épervières orangées, campanules violettes, silènes roses et saxifrages jaunes composent une palette végétale exceptionnelle pour ces latitudes.
Les sources thermales naturelles parsèment la région, vestiges de l’activité volcanique passée. Certaines permettent même de se baigner dans une eau à 38°C tout en contemplant les glaciers alentour, une expérience surréaliste que peu de destinations peuvent offrir. Le contraste thermique procure des sensations mémorables et apaise merveilleusement les muscles fatigués après une longue journée de marche.

Agriculture arctique et patrimoine culturel
La région de Narsaq abrite les seules fermes ovines du Groenland, une tradition héritée des Vikings qui avaient découvert le potentiel agricole de ces vallées protégées. Une quinzaine d’exploitations perpétuent cette activité ancestrale, produisant une laine de qualité exceptionnelle et de la viande d’agneau réputée. Certains éleveurs proposent des visites guidées de leurs installations et partagent volontiers leur connaissance du territoire.
Le trek traverse plusieurs sites archéologiques nordiques remarquablement préservés. L’église de pierre de Hvalsey, construite au XIVe siècle, demeure la structure médiévale européenne la mieux conservée du continent américain. Ses murs épais témoignent du savoir-faire architectural des colons nordiques et de leur volonté de s’implanter durablement dans ces terres hostiles. La dernière cérémonie documentée dans cette église date de 1408, un mariage entre deux Islandais, avant que la colonie viking ne disparaisse mystérieusement au XVe siècle.
Préparer son trek au Groenland
Entreprendre un trek au Groenland nécessite une préparation minutieuse qui dépasse largement celle d’une randonnée alpine classique. L’isolement extrême, l’absence d’infrastructures et les conditions climatiques imprévisibles imposent une planification rigoureuse et un équipement adapté. Les services de secours, bien que compétents, interviennent avec des délais importants en raison des distances et des conditions d’accès difficiles.
La période idéale s’étend de mi-juin à fin août, lorsque les températures restent positives et que la neige a généralement fondu des sentiers. Juillet représente le mois optimal avec une moyenne de 12°C dans le sud et 8°C plus au nord, bien que des variations importantes puissent survenir. Les nuits de soleil de minuit entre juin et juillet ajoutent une dimension magique aux bivouacs, permettant de randonner pratiquement 24 heures sur 24 si l’envie vous en prend.
L’équipement doit privilégier la légèreté sans compromettre la sécurité. Une tente quatre saisons capable de résister à des vents violents, un sac de couchage confort à -5°C minimum, des vêtements techniques en couches successives et des chaussures de randonnée robustes et imperméables constituent la base. Le système de purification d’eau, la trousse de premiers secours complète, le réchaud fiable et la nourriture énergétique lyophilisée complètent l’attirail indispensable.
Aspects administratifs et financiers
Aucun visa n’est requis pour les ressortissants européens séjournant moins de 90 jours, mais le passeport valide reste évidemment obligatoire. L’assurance rapatriement avec couverture spécifique pour les activités arctiques s’avère indispensable, les évacuations héliportées pouvant coûter plusieurs dizaines de milliers d’euros. Certains assureurs refusent même de couvrir le Groenland sans surprime, vérifiez donc attentivement votre contrat.
Le budget global varie énormément selon le niveau d’autonomie choisi. Un trek organisé avec guide et logistique complète démarre à 3 500 € pour une semaine, tandis qu’un randonneur autonome peut limiter ses dépenses à 1 500 € en incluant les vols internationaux, les transferts locaux et la nourriture. Les vols constituent le poste majeur, avec des billets Paris-Kangerlussuaq oscillant entre 800 et 1 200 € selon la saison.

FAQ
Quelle est la meilleure période pour faire un trek au Groenland ?
La fenêtre optimale s’étend de mi-juin à fin août, avec une préférence pour juillet qui offre le meilleur compromis entre températures clémentes (8-12°C), enneigement minimal sur les sentiers et soleil de minuit. Juin permet de profiter de la lumière continue mais certains cols restent enneigés, tandis qu’août voit les températures baisser et les nuits réapparaître progressivement. Dès septembre, les aurores boréales deviennent visibles, mais le froid et la neige rendent le trekking nettement plus technique.
Quel niveau de condition physique faut-il pour randonner au Groenland ?
La majorité des treks groenlandais exigent une excellente condition physique et une expérience préalable du trekking en autonomie. Porter 20 à 25 kg pendant 6 à 8 heures quotidiennes sur terrain accidenté demande un entraînement spécifique de plusieurs mois. Les itinéraires autour d’Ilulissat restent toutefois accessibles à des randonneurs de niveau intermédiaire avec un sac allégé. L’altitude est modeste, mais les traversées de rivières froides et le terrain chaotique nécessitent équilibre et agilité.
Peut-on randonner seul au Groenland ou faut-il obligatoirement un guide ?
Aucune réglementation n’interdit la randonnée en solo au Groenland. Toutefois, partir au minimum à deux est fortement recommandé pour des raisons de sécurité. Des randonneurs très expérimentés peuvent parcourir des itinéraires balisés comme l’Arctic Circle Trail sans guide, à condition de maîtriser la navigation, la gestion des risques arctiques et de disposer d’un moyen de communication satellite. Pour un premier trek, un guide local apporte une réelle valeur ajoutée en matière de sécurité, de logistique et de compréhension du terrain.
Quel est le risque réel lié aux ours polaires pendant les treks ?
Les ours polaires fréquentent surtout les zones côtières du nord-est et du nord-ouest du Groenland, rarement les régions de trekking les plus populaires situées plus au sud. Les zones autour de Kangerlussuaq, Narsarsuaq, Ilulissat et Narsaq présentent un risque très faible. Il reste toutefois indispensable de se renseigner localement avant chaque départ. Dans les régions concernées, les guides portent des moyens de dissuasion et des armes réglementaires, car une rencontre avec un ours polaire représente un danger mortel potentiel.
