Traverser l’Auvergne à vélo par les volcans est une aventure qui marque l’esprit autant que les mollets. Ce territoire sauvage, sculpté par des millénaires d’activité géologique, offre aujourd’hui l’un des terrains de jeu les plus spectaculaires d’Europe pour les amateurs de cyclotourisme et de VTT. Entre les dômes endormis de la chaîne des Puys et les plateaux infinis du Cantal, l’itinéraire promet une immersion totale dans une nature brute, ponctuée de lacs d’altitude et de villages de pierre volcanique.
Le voyage commence souvent à Clermont-Ferrand, mais l’aventure réelle débute dès que l’on quitte la plaine de la Limagne pour s’attaquer aux premiers contreforts. L’ascension vers le Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne demande un effort certain, mais la récompense est immédiate : une vue panoramique sur un alignement de 80 volcans, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2018. Ce site unique au monde permet de rouler littéralement sur les crêtes de l’histoire de la Terre.
- Un itinéraire mythique entre dômes et cratères
- L’équipement indispensable pour l’aventure volcanique
- Les défis physiques et la gestion du dénivelé
- Découvrir le patrimoine au fil des coups de pédale
- Préparer son séjour et choisir sa période
- Pourquoi l’Auvergne est le futur du cyclotourisme en France
- Foire aux questions
Un itinéraire mythique entre dômes et cratères
La traversée des volcans ne se résume pas à un simple trajet ; c’est une exploration méthodique de la diversité géologique auvergnate. La première section majeure concerne la Chaîne des Puys. Ici, le relief est doux en apparence, avec des formes arrondies qui rappellent des vagues de verdure. Pourtant, les pentes peuvent être rudes. Rouler au pied du célèbre Puy de Dôme, géant de 1465 mètres, impose le respect. Si l’accès au sommet est réglementé pour les vélos (généralement réservé à des événements spécifiques), les routes et pistes qui le contournent offrent des points de vue magistraux sur le nid de poule du Puy de Pariou.
En poursuivant vers le sud, le paysage change radicalement lorsqu’on pénètre dans le massif du Sancy. Ici, nous ne sommes plus sur de jeunes volcans isolés, mais sur les restes d’un stratovolcan colossal, le plus haut de France métropolitaine. Les vallées sont plus encaissées, les cols plus alpins. Le passage par le Col de la Croix Saint-Robert, à 1451 mètres d’altitude, est une étape incontournable. Les cyclistes y croisent souvent des troupeaux de vaches Salers, dont la robe acajou contraste avec le vert intense des estives. C’est un tronçon exigeant où la météo peut changer en quelques minutes, rappelant que la montagne reste souveraine.
La transition par les plateaux du Cézallier
Après l’intensité du Sancy, le voyageur bascule dans une dimension presque mystique : le Cézallier. Surnommé la « petite Écosse auvergnate », ce plateau d’altitude situé entre 1100 et 1500 mètres offre des horizons à perte de vue. C’est la partie la plus solitaire du parcours. Les routes y sont étroites, le trafic quasi inexistant, et le silence n’est rompu que par le sifflement du vent dans les herbes hautes. On traverse des zones de tourbières millénaires, refuges d’une biodiversité rare comme la Drosera, une petite plante carnivore protégée.
La progression sur le Cézallier demande une bonne gestion de l’autonomie. Les points de ravitaillement sont rares, mais l’accueil dans les rares burons transformés en auberges est toujours mémorable. Déguster une part de Truffade après 80 kilomètres de selle est une expérience quasi religieuse pour tout cycliste. Cette étape est cruciale car elle permet de récupérer avant de s’attaquer au dernier grand morceau de bravoure : le Massif du Cantal, le plus vaste volcan d’Europe avec son diamètre de 70 kilomètres.
L’équipement indispensable pour l’aventure volcanique
Partir à l’assaut des volcans ne s’improvise pas. La technicité du terrain et la variabilité du climat auvergnat imposent un matériel fiable et polyvalent. Que vous choisissiez le bikepacking léger ou les sacoches traditionnelles, l’équilibre de la charge est la clé pour négocier les virages en épingle et les descentes techniques. Un vélo de type Gravel est souvent considéré comme l’outil idéal pour cette traversée, car il permet d’alterner entre les routes goudronnées secondaires et les pistes forestières sans perdre en efficacité.
Le système de freinage est le premier point de sécurité à vérifier. Avec des dénivelés cumulés pouvant dépasser les 2000 mètres par jour, les disques sont soumis à rude épreuve. Côté transmission, un braquet généreux est indispensable : des pentes à 10% ou 12% ne sont pas rares, surtout lors de l’ascension du Pas de Peyrol dans le Cantal. Enfin, la gestion de l’eau est primordiale. Bien que l’Auvergne soit le château d’eau de la France, les sources potables ne sont pas toujours situées là où on l’espère sur les plateaux volcaniques.
Liste de contrôle pour votre paquetage
Pour réussir votre périple sans encombre, voici les éléments essentiels à glisser dans vos sacoches :
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Une veste technique imperméable et respirante (type Gore-Tex) même en plein été.
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Un jeu de plaquettes de frein de rechange et une patte de dérailleur.
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Un filtre à eau portable ou des pastilles de purification pour les zones isolées.
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Une trousse de premiers secours incluant une couverture de survie.
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Un GPS avec les traces GPX chargées et une batterie externe solaire.
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Des vêtements en laine mérinos pour limiter les odeurs et réguler la température.
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Un antivol robuste, même si la région est réputée pour sa tranquillité.
Les défis physiques et la gestion du dénivelé
Le cyclisme en Auvergne est une école d’humilité. Contrairement aux Alpes où les cols sont longs et réguliers, le relief volcanique est fait de cassures permanentes. On parle souvent de « montagnes russes ». Les relances sont incessantes, ce qui sollicite énormément le système cardio-vasculaire. Il est courant d’accumuler un dénivelé positif important sur de courtes distances. Par exemple, une étape de 60 kilomètres peut facilement afficher 1500 mètres de montée.
La clé de la réussite réside dans la régularité. Il faut apprendre à grimper « à l’économie », en gardant une cadence de pédalage fluide pour ne pas brûler ses réserves de glycogène trop tôt dans la journée. L’altitude joue également un rôle. Bien qu’on ne dépasse jamais les 2000 mètres, l’exposition au vent sur les plateaux dénudés peut doubler l’effort ressenti. Une anecdote célèbre chez les locaux raconte qu’un cycliste professionnel, venu s’entraîner sur les routes du Cantal, avait déclaré que le Puy Mary était l’un des cols les plus « usants » de sa carrière à cause de son final brutal.
Se nourrir et s’hydrater pour tenir la distance
La gastronomie auvergnate semble avoir été conçue pour les sportifs de longue distance. Elle est riche, calorique et basée sur des produits locaux de haute qualité. Le fromage est le roi incontesté de la région. Avec cinq appellations d’origine protégée (AOP) — Saint-Nectaire, Cantal, Salers, Bleu d’Auvergne et Fourme d’Ambert — le cycliste dispose d’une source de protéines et de lipides exceptionnelle. Ces produits sont parfaits pour les pique-niques en bord de lac, comme au Lac Pavin ou au Lac d’Aydat.
Cependant, attention à la digestion lors des grosses étapes. Il est préférable de privilégier les repas légers le midi et de se faire plaisir le soir à l’étape. L’hydratation doit être constante. En Auvergne, l’eau provient souvent directement des sources volcaniques et est naturellement riche en minéraux. Boire régulièrement permet d’éviter les crampes, fréquentes sur ces terrains escarpés où les muscles sont constamment sous tension.
Découvrir le patrimoine au fil des coups de pédale
Le vélo offre une vitesse parfaite pour apprécier l’architecture unique de la région. Les villages sont construits en pierre de lave, une roche sombre, parfois presque noire (la fameuse pierre de Volvic), qui donne aux églises romanes une allure austère et majestueuse. La Basilique d’Orcival ou l’église de Saint-Nectaire sont des chefs-d’œuvre qu’il faut absolument visiter. Ces édifices semblent sortir de terre, parfaitement intégrés à leur environnement géologique.
Outre les églises, le patrimoine vernaculaire mérite le détour. En traversant les zones de pâturage, on aperçoit les burons, ces cabanes en pierre où les vachers fabriquaient autrefois le fromage durant l’été. Certains sont aujourd’hui en ruine, ajoutant une touche de mélancolie aux paysages grandioses, tandis que d’autres ont été restaurés pour accueillir les randonneurs. Ces points de repère historiques jalonnent les anciennes voies de transhumance, dont certaines sont empruntées par les itinéraires cyclables comme la Grande Traversée du Massif Central (GTMC).
Les cités de caractère sur votre route
Ne manquez pas de faire halte dans des villes comme Salers, classée parmi les plus beaux villages de France. Ses remparts et ses maisons à tourelles offrent un voyage dans le temps. Plus loin, Saint-Flour, perchée sur son promontoire basaltique, marque la transition vers le sud et le plateau de la Margeride. Chaque arrêt est une occasion de discuter avec les habitants. Les Auvergnats, bien que parfois perçus comme réservés, possèdent un attachement profond à leur terre et partageront volontiers des conseils sur les chemins les moins fréquentés ou les meilleures fontaines du secteur.
Préparer son séjour et choisir sa période
La fenêtre de tir pour traverser l’Auvergne à vélo est plus courte qu’on ne le pense. Si les basses vallées sont accessibles toute l’année, les sommets et les plateaux restent enneigés ou très froids d’octobre à mai. La période idéale s’étend de juin à septembre. Le mois de juin est particulièrement beau car la flore est en pleine explosion et les journées sont longues. Septembre offre souvent un temps stable et une lumière dorée qui sublime les reliefs volcaniques, sans la chaleur parfois étouffante des mois de juillet et août.
Côté logistique, le réseau d’hébergements « Accueil Vélo » se développe rapidement en Auvergne. On trouve de nombreux gîtes d’étape, campings et hôtels habitués à recevoir des cyclotouristes. Il est toutefois conseillé de réserver à l’avance, surtout dans les zones reculées comme le Cézallier où l’offre est limitée. Pour ceux qui préfèrent le bivouac, la réglementation est stricte au sein du Parc Naturel. Le camping sauvage est généralement interdit, mais le bivouac (poser sa tente au coucher du soleil et repartir au lever) est toléré dans certaines zones, hors réserves naturelles intégrales.
Le transport des vélos et l’accès à la région
L’accès à l’Auvergne en train est possible, bien que parfois complexe avec un vélo non démonté. La ligne Intercités Paris-Clermont-Ferrand accepte les vélos sur réservation. Pour rejoindre le sud du massif, le « Cévenol », qui relie Clermont-Ferrand à Nîmes, traverse des paysages époustouflants et dessert des gares stratégiques comme Issoire ou Vic-sur-Cère. C’est une excellente option pour planifier une traversée linéaire sans avoir à revenir à son point de départ.
Pourquoi l’Auvergne est le futur du cyclotourisme en France
Alors que les destinations classiques comme la Loire à Vélo arrivent parfois à saturation, l’Auvergne propose une alternative plus sauvage, plus exigeante et plus authentique. L’essor du vélo électrique (VAE) contribue également à démocratiser ces parcours montagneux. Désormais, un public plus large peut envisager de franchir le Puy Mary ou le Col de la Croix-Morand sans être un athlète de haut niveau. Cela permet de se concentrer sur l’essentiel : la contemplation d’un paysage qui n’a pas d’équivalent en Europe.
Rouler sur les volcans, c’est accepter de se confronter aux éléments et de ralentir. C’est une aventure qui demande de l’humilité face à la puissance de la géologie. Que vous soyez un mordu de vitesse sur le goudron ou un adepte du sentier technique en forêt, l’Auvergne vous offre une liberté totale. Les espaces sont vastes, l’air est pur, et chaque sommet franchi ouvre la voie vers une nouvelle vallée prometteuse. C’est, sans aucun doute, l’une des plus belles façons de redécouvrir le cœur de la France.
Foire aux questions
Quel niveau physique faut-il pour traverser l’Auvergne à vélo ?
Un niveau intermédiaire est recommandé pour les itinéraires classiques. Avec un vélo chargé, les dénivelés quotidiens (800m à 1200m en moyenne) nécessitent une bonne endurance. Toutefois, l’utilisation d’un vélo à assistance électrique rend ce voyage accessible à la plupart des personnes pratiquant une activité physique régulière.
Peut-on faire ce parcours en famille ?
Oui, à condition de choisir des sections adaptées. La « Via Allier », qui longe la rivière, offre un relief beaucoup plus plat et sécurisé pour les enfants. Pour les zones de volcans, préférez des étapes courtes et utilisez des services de transport de bagages pour alléger l’effort des plus jeunes.
Quel est le meilleur vélo pour la traversée des volcans ?
Le Gravel est le meilleur compromis. Il est rapide sur les nombreuses routes secondaires goudronnées et robuste pour emprunter les pistes carrossables qui permettent de s’approcher au plus près des cratères. Un VTT sera plus confortable mais plus lent sur les portions de liaison.
Où trouver les traces GPX des itinéraires ?
Les sites officiels comme celui de la Grande Traversée du Massif Central (GTMC) ou les portails départementaux (Puy-de-Dôme et Cantal) proposent des tracés fiables et mis à jour. Il est fortement conseillé de télécharger les cartes hors-ligne, car la couverture réseau mobile est aléatoire dans les zones de montagne.
